Analyse de la conférence de presse du Président de la République, suite au temps du grand débat national

« Le Président de la République a eu une parole forte, nous attendons maintenant les actes.

Les réponses que le Président de la République a apportées à l’issue de l’exercice démocratique inédit que constitue le grand débat national ne pouvaient être parfaites. Elles témoignent toutefois de sa volonté d’affronter chacune des crises qui frappent la France et l’Europe depuis plusieurs années : crise économique, sociale, écologique, territoriale, mais également démocratique.

Je salue tout particulièrement le fait que le Président de la République ait souligné à plusieurs reprises le rôle essentiel des territoires et de leurs élus. Il est indispensable que ces déclarations d’intentions ne restent pas lettre morte car il ne sera pas possible de réparer la France sans les milliers d’élus de terrain qui se battent pour améliorer le quotidien des Français.

Nous attentions également que le Président de la république propose une vision pour la France et donne du sens à son action. Il est malheureusement resté flou sur des sujets aussi essentiels que l’écologie, les retraites, la dépendance, ou encore l’accès aux soins et nous attendions des réponses plus concrètes.

Pour autant, je salue les mesures en faveur des familles monoparentales, la baisse des impôts annoncée pour les classes moyennes même si nous serons attentifs aux modalités, ainsi que la réindexation des petites retraites, que le groupe « Libertés et Territoires » demande depuis longtemps. Il est toutefois regrettable que toutes les pensions ne soient pas concernées avant 2021.

L’annonce du moratoire sur les services publics, que notre groupe demandait depuis longtemps, est également positive. Elle doit maintenant être précisée, afin qu’elle empêche la fermeture de classes, et pas seulement d’écoles, ainsi que la fermeture de services hospitaliers, et pas seulement d’hôpitaux. De la même manière, je salue la volonté exprimée par le Président de la République de procéder à un nouveau mouvement de décentralisation, de différenciation et de déconcentration, mais nous serons attentifs et exigeants, afin qu’il soit à la hauteur de la crise territoriale que traverse le pays. En revanche, alors que les Français réclament proximité, écoute et efficacité de la part de leurs élus, notre groupe considère que la diminution du nombre de parlementaires serait une erreur qui conduirait à fragiliser davantage les territoires les plus en difficulté.

Je soutiens également la volonté du Président de la République d’assouplir le Référendum Initiative Partagée et notre groupe est naturellement favorable au renforcement de la démocratie directe dans les territoires, mais cela doit se faire en concertation étroite avec les élus locaux, et en leur laissant la liberté d’organiser eux-mêmes de nouvelles formes de consultation.

Je regrette enfin que le Président de la République ait fermé la porte à une reconnaissance du vote blanc.

En revanche, notre groupe estime que le compte n’y est pas sur trois points :

Nous regrettons que le Président de la République nous renvoie à une évaluation déjà prévue par la loi sur la question de l’ISF. Le groupe « Libertés et Territoires » propose pour sa part la mise en place d’un impôt sur le capital modernisé, dont le produit serait intégralement investi dans la transition écologique, dans le soutien aux TPE, aux PME, aux PMI, et dans le développement des start-ups les plus innovantes.  

Par ailleurs, nous craignons que la réforme de la fonction publique annoncée ne permette pas de mettre fin à l’entre-soi des élites, même si nous soutiendrons la suppression des grands corps. Il faudra aller plus loin avec l’interdiction du cumul d’une retraite avec une indemnité liée à une mission publique, l’obligation de démissionner de la haute fonction publique pour tout candidat à une élection, la suppression de la présence des anciens présidents de la République comme membres de droit du conseil constitutionnel, la limitation des rémunérations des hauts fonctionnaires afin qu’ils ne puissent pas percevoir davantage que le Premier ministre ou l’interdiction du pantouflage des hauts fonctionnaires pendant 10 années après leur entrée en fonction.

Enfin, en ce qui concerne l’écologie, les annonces ne nous semblent pas à la hauteur de l’urgence climatique. Notre groupe propose des mesures très concrètes, comme la baisse du taux de TVA sur les transports publics, financée par une hausse de la fiscalité sur les transports aériens, et le lancement d’un vaste plan de rénovation de 500 000 logements et la mise en place d’un fonds d’investissement européen en faveur du développement des énergies renouvelables ». 

Philippe Vigier, Président du groupe « Libertés et Territoires » à l’Assemblée nationale, suite à la conférence de presse du Président de la République après le temps du grand débat national.