Les conditions d’une vraie consultation pour rétablir la confiance avec les Français, interview, 19 décembre 2018

Le 19 décembre j’étais interviewé par Radio Orient au sujet de la promesse faite aux gilets jaunes par le président de la République d’une grande consultation nationale.

Cette consultation se fera sous l’égide de la commission nationale de débat public.

Avec les députés du groupe Libertés et Territoires que je préside, je serai vigilant aux qualités de cette consultation car il est essentiel de réinventer un temps démocratique de respiration et de proximité pour le débat, la concertation, l’explication, mais aussi le suivi et l’évaluation.

Le lien de confiance, largement rompu, doit être recréé par une vraie consultation, à la manière de ce que pratiquent les élus de terrain dans le cadre de visites ou de réunions de quartiers.

INTERVIEW  Je vous invite à suivre mon intervention sur le lien suivant :

https://www.radioorient.com/news/le-journal-en-francais-du-matin-19-12-18-32833

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Discours de Philippe Vigier à l’Assemblée nationale, face aux réponses apportées à la crise des gilets jaunes, 13 décembre 2018

« Monsieur le Premier Ministre,

La colère était sourde, elle vient d’exploser dans un fracas assourdissant….

Elle a fait remonter à la surface, d’un jaillissement soudain, désordonné, ce qui était subi en silence depuis trop longtemps…

Sur les ronds-points, dans nos villes, nos villages et nos campagnes, ces hommes et ces femmes en « gilets jaunes » parlent toutes et tous du sentiment de ne compter pour rien, de mener une existence sans perspectives, d’être assigné à résidence et de voir, au loin, le monde avancer sans eux.

Dans ces rassemblements inédits, spontanés, chaque histoire personnelle est racontée avec émotion, chaque récit de ces vies faites de sacrifices est comme un miroir tendu à la souffrance de l’autre.

Car ce cri de colère est avant tout l’expression d’une souffrance, celle de la France périphérique, décrite par Christophe Guilluy, que nous voyons toutes et tous dans nos territoires.

Nous voyons dans nos territoires une France qui courbe l’échine avec pudeur et dignité sous le poids des devoirs, des impôts, de l’ingratitude et des humiliations qu’elle subit.

Nous voyons une France qui travaille mais qui ne s’en sort pas, qui compte chaque sou, et dont les fins de mois commencent toujours plus tôt, des hommes et des femmes qui vivent avec l’angoisse du frigo vide, et croulent sous les factures et les dettes.

Ils ont le sentiment de vivre moins bien que leurs parents et n’arrivent plus à se persuader que l’avenir sera meilleur pour leurs enfants, auxquels ils n’ont même plus les moyens d’offrir des joies simples.

Nous voyons des mères seules qui, malgré leur courage et leurs deux boulots, n’ont plus les moyens de faire garder les enfants.

Nous rencontrons chaque jour des familles que des licenciements brutaux ont brisé ou qui vivent tous les jours dans la hantise du chômage et la peur du déclassement.

Nous accueillons dans nos permanences des personnes retraitées, qui nous disent, la gorge nouée, les yeux embués, qu’ils n’y arrivent plus et qu’il ne reste rien du fruit du travail de toute une vie.

Nous voyons enfin des territoires laissés à l’abandon, dont les tissus industriels sont souvent exsangues, des territoires dont les habitants sont confrontés aux pires difficultés en matière d’accès aux services publics, aux soins, aux transports, au numérique ou à la téléphonie mobile, et ces fractures ne sont toujours pas résorbées et se sont même aggravées… Ils sont parfois venus y habiter car ils n’avaient pas le choix, et voient avec fatalité les métropoles concentrer toujours plus de richesses et les services publics déserter leur territoire.

Ils sont saisis par la crainte de basculer dans l’oubli, de voir leur mode de vie s’éteindre, d’être comme effacés par l’histoire.

Non, monsieur le Premier ministre, nous ne nous étions pas lâchement habitués à cette souffrance des plus fragiles, comme l’a dit le Président de la République.

Beaucoup de parlementaires sur tous ces bancs, et en particulier au sein du groupe « Libertés et Territoires », n’ont cessé de vous dire depuis 18 mois que nous voyions une France qui demande à être écoutée et respectée, oui, écoutée et respectée !

Car elle n’entend plus dans nos discours qu’un lointain brouhaha, persuadée que nous ne parlons plus que de nous et pour nous.

Comment, d’ailleurs, lui donner tort ? D’un côté, la frénésie des petites phrases, le tumulte des querelles politiciennes grossis par la loupe médiatique, enfiévrés par l’instantanéité des réseaux sociaux et l’information en continu, et les élites qui, depuis les salons parisiens, expliquent ce qu’il est bon de penser.

De l’autre, la vie quotidienne des Français, la réalité crue, sans fard, celle de la peur d’être broyés par la marche implacable de la mondialisation. Jamais le fossé n’a été aussi grand… et il s’est creusé élections après élections, comme le montre la progression de l’abstention. Il s’est creusé jusqu’à l’écœurement, jusqu’à se muer en une profonde crise démocratique et à faire émerger des aspirations nouvelles, souvent légitimes, portées par le mouvement des « gilets jaunes ».

Souvent légitimes car jamais les Français n’auront tant souffert du sentiment lancinant que ceux qui exigent d’eux tant d’efforts s’accordent, entre eux, faveurs, largesses et privilèges.

Jamais notre légitimité à parler pour celles et ceux que nous représentons n’aura été autant contestée.

Oui, nous donnons aujourd’hui le sentiment de parler au nom d’une France qui ne croit plus en nous, qui a même cessé de se demander depuis longtemps ce que nous pouvions encore faire pour elle.

A cela s’ajoute le sentiment que l’Europe est naïve, qu’elle ne protège pas, voire qu’elle est imprudemment ouverte aux vents de la mondialisation, le sentiment que l’Etat pèse sur nos vies avec une bureaucratie tatillonne et une complexité toujours plus grande, le sentiment, enfin, que les élus locaux n’ont plus aucun moyen d’agir et qu’ils ne font plus que gérer la pénurie.

Aussi, dans ce climat de défiance inédit, dans ce moment historique, notre groupe considère que la motion de censure sur laquelle notre assemblée est aujourd’hui amenée à se prononcer revêt une importance solennelle.

Elle soulève, selon nous, une question fondamentale, qui exige de chacune et chacun d’entre nous que nous sortions des postures et que nous regardions la situation avec honnêteté et lucidité : l’actuelle majorité est-elle responsable de la crise actuelle ?

Au groupe « Libertés et Territoires », nous considérons que les racines de cette crise sont, en vérité, extrêmement profondes. Il y a, aux origines de la colère qui s’exprime dans le pays, un ressenti social, malheureusement étouffé depuis trop longtemps, depuis plus de 40 années…

Il y a aussi le malaise d’hommes et de femmes qui ne trouvent plus leur place dans le monde actuel, auquel fait écho le sentiment d’abandon de celles et ceux qui vivent dans les territoires isolés, que ce soit les banlieues, les campagnes, les territoires ultra-marins, montagnards et insulaires… Il y a enfin la fatigue, la lassitude et la défiance d’un pays qu’alternance après alternance, les majorités qui se sont succédées ont éreinté par leurs errements, leurs renoncements, leur manque de courage et même leurs mensonges.

Nous avons par conséquent une forme de responsabilité collective qui doit toutes et tous nous appeler à l’humilité et à la responsabilité.

A cet égard, je dis avec force que l’actuelle majorité ne saurait être tenue responsable de 40 années de défaillances collectives et le devoir d’honnêteté aurait dû conduire ceux qui ont déposé cette motion de censure à le dire plus clairement.

Cette motion de censure, dont nous savons qu’elle ne sera pas adoptée, soulève une autre question fondamentale : quelle est son utilité pour la vie quotidienne des Français ?

Je vois parfaitement l’utilité de cette motion de censure pour Jean-Luc Mélenchon, qui s’offre une tribune politicienne dans sa croisade contre les institutions, dont il s’est pourtant accommodé dans sa vie politique !

J’en vois également l’intérêt pour une majorité hors-sol et à la recherche d’un second souffle qui pourra expliquer doctement que non, elle ne s’est pas trompée, mais qu’elle n’est pas allée suffisamment loin et suffisamment vite.

En revanche, je n’arrive pas à voir à quoi elle servira pour les Français, que vous transformez malheureusement en figurants d’un spectacle aussi bruyant que futile, dans un hémicycle presque vide !

Et je crois que ce spectacle est d’autant plus désolant que la France vit actuellement une tragédie avec l’attentat de Strasbourg et que les circonstances auraient dû imposer un moment d’apaisement national.

Enfin, notre groupe considère qu’une motion de censure n’est pas la réponse adaptée à la crise actuelle.

Il faut un changement de cap, pour apporter des réponses fortes à la question sociale et la question territoriale.

Aussi, pour toutes ces raisons, le groupe « Libertés et Territoires » ne votera pas cette motion de censure.

Pour autant, nous le disons avec la plus grande clarté : notre abstention n’est en aucun cas – non, en aucun cas, – un blanc-seing donné à la politique du Président de la République et de cette majorité, qui a considérablement aggravé les souffrances du pays.

Oui, la politique que vous menez depuis 18 mois a laissé sur le bord du chemin les plus fragiles, en privilégiant l’allégement de la fiscalité sur le capital, au détriment du pouvoir d’achat des classes moyennes et des plus modestes et de l’indispensable solidarité à l’égard des plus fragiles.

Oui, vous avez agi comme si la France était une start-up, l’Elysée un conseil d’administration, et privilégié des logiques de performance et de comptabilité, alors que vous auriez dû davantage soutenir nos savoir-faire, qu’ils soient industriels, agricoles, ou artisanaux.

Oui, depuis 18 mois, vous avez opposé l’arrogance et le mépris du « nouveau monde » à la désespérance des Français, mais monsieur le Premier ministre, il n’y a pas de « gens qui ne sont rien » : il y a uniquement le peuple, « orphelin, pauvre, intelligent et fort, placé très bas, et aspirant très haut », comme l’écrivait Victor Hugo.

Depuis 18 mois enfin, vous avez considérablement aggravé la fracture territoriale en donnant les clés de la France à la technostructure, en faisant en sorte que les décisions soient prises de Paris, par Paris et pour Paris, en méprisant le Parlement, les corps intermédiaires et les territoires, ainsi que les élus qui les représentent et qui se battent au quotidien pour faire face au désengagement de l’Etat.

Le Président de la République a souhaité répondre à la crise que sa politique a amplifiée, en s’adressant lundi à la Nation. Il a fait son mea culpa : nous lui en donnons acte.

Il a également décrété l’état d’urgence économique et sociale, ce que nous saluons, même si nous estimons cette réaction trop tardive.

Nous reconnaissons qu’il a apporté des réponses significatives sur la question du pouvoir d’achat, réclamées de longue date par notre groupe, même si nous avons des interrogations importantes sur les contours des dispositifs prévus et sur leur financement.

Nous aurions souhaité augmenter davantage les bas salaires, en supprimant l’intégralité des cotisations salariales pour les salaires au niveau du SMIC.

Vous avez fait un autre choix avec la prime d’activité : j’y vois la main de Bercy, qui tente déjà de tout défaire.

Avec ce choix, le compte n’y sera pas : tous les travailleurs au SMIC ne toucheront pas les 100 euros promis, puisqu’ils ne touchent pas tous la prime d’activité.

En outre, nous regrettons profondément que vous n’ayez pas réindexé le montant des retraites sur le coût de la vie, comme nous le demandions.

Enfin, je propose la tenue d’une conférence annuelle sur les salaires, ainsi qu’un débat annuel au Parlement sur l’état de la France, afin de poser un regard sans complaisance sur la situation économique et sociale du pays.

Nous avons également pris acte – non sans une certaine surprise – de la volonté d’Emmanuel Macron d’organiser un large débat porté par les maires dans nos territoires.

Je dois vous le dire avec franchise, monsieur le Premier ministre : le groupe « Libertés et Territoire » est particulièrement prudent, voire sceptique sur la sincérité d’Emmanuel Macron de conduire cette démarche jusqu’au bout !

Comment votre majorité, qui regarde avec dédain l’ancien monde, celui des élus enracinés dans leurs territoires, pourrait, tout à coup, s’appuyer sur les territoires pour transformer profondément la France ?

Comment le pourrait-elle alors même que sa politique a nourri la défiance des territoires depuis des mois ?

Pourtant, il s’agit du seul levier pour transformer profondément le pays, comme s’y était engagé Emmanuel Macron, car la croissance de demain se fera dans les territoires, les solidarités de demain s’inventeront dans les territoires, et ils doivent être soutenus pour donner la pleine mesure de leur potentiel.

Les Français y vivent, ils s’y identifient : il s’agit de la clé de l’avenir du pays, il s’agit d’une première réponse à la recherche d’identité à laquelle le pays est aujourd’hui confronté.

Monsieur le Premier ministre, Je vous le dis solennellement : vous n’aurez pas, et nous n’aurons sans doute plus d’autres occasions de réformer le pays. Il est par conséquent crucial, vital, que ce débat ne soit pas un faux-fuyant ! Il doit déboucher sur plus de libertés pour nos territoires, afin de parvenir à des solutions concrètes pour améliorer le quotidien des Français.

Vous parlez de sauver la planète mais il faut 8 ans pour faire une ferme photovoltaïque et 7 pour une unité de méthanisation !

Vous parlez d’accès aux services publics et à l’éducation, mais il faut au moins 7 ans pour la rénovation d’une ligne ferroviaire, 10 ans pour réaliser 3 kilomètres de déviation et 6 ans pour construire un lycée !

Vous parlez d’emploi, de formation professionnelle mais que dire des contrats de plan Etat-Régions dont le niveau d’exécution et les crédits de paiement de l’Etat n’ont jamais été aussi faibles ?

Vous parlez de logement et de mobilité mais que dire des SCOT, qu’il faut 4 ans minimum pour mettre en place ?

Pour que ce débat soit utile, annoncez aujourd’hui que vous allez décider d’un vrai choc de décentralisation, et confier aux territoires de nouvelles responsabilités ! Annoncez un moratoire de 12 mois sur la fermeture de nos écoles, de nos maternités, de nos trésoreries, de nos tribunaux !

Annoncez que vous allez déconcentrer les services de l’Etat afin qu’il réinvestisse les territoires les plus fragiles ! Annoncez que vous allez suspendre l’application du cortège de normes et de nouvelles contraintes qui entravent l’action des territoires au quotidien !

Annoncez la suppression des schémas qui se sont empilés au fil du temps et mutualisez les agences. Nous avons besoin d’un Etat stratège, fort sur le régalien : l’actualité douloureuse montre que l’ennemi terroriste islamiste est encore prêt à frapper.

Nous avons besoin de territoires libres de créer, d’agir, d’imaginer, agiles, avec pour seul but l’efficacité au service des Français, au plus près de ce qu’ils vivent au quotidien et de leurs besoins.

Il faut pour cela confier aux régions l’intégralité de la formation professionnelle, la politique de l’emploi, la gestion des aides européennes et notamment le 2ème pilier de la PAC, la gestion des aides économiques, de l’ADEME et des agences de l’eau !

Je propose par ailleurs de supprimer les bras armés de la technostructure que sont les ARS, les DRAC ou les DREAL et les DIR et de mettre fin à la saignée des services de l’Etat dans les départements.

Il faut également confier aux départements toute la politique du handicap, du logement, des routes nationales, de la cohésion sociale, et les décharger de la gestion des mineurs non accompagnés et du RSA, qui doit être prise en main par l’Etat. Il faut enfin doter les collectivités territoriales d’une capacité à adapter les lois nationales aux spécificités locales, mais aussi d’un pouvoir d’expérimentation, d’un pouvoir réglementaire et d’une vraie autonomie fiscale.

Car la situation n’est pas la même en Mayenne, en Alsace, en Corse, dans les Hautes-Pyrénées ou à Wallis-et- Futuna !

Oui, osons la confiance et la liberté qui peuvent aller jusqu’à l’autonomie politique et décisionnelle, comme le demande la Corse et comme cela pourrait profiter à de nombreux territoires.

Permettez au Parlement d’être la caisse de résonnance des territoires, en lui confiant l’évaluation et le suivi de ce processus !

Monsieur le Premier ministre, Nous sommes prêts à vous accompagner si vous faites ces choix.

La colère et la désespérance sont venues des entrailles de notre pays. Ce sont aussi des entrailles du pays, les territoires, dont viendront les solutions pour un nouveau contrat démocratique et social et pour regarder à nouveau l’avenir avec confiance.

Je vous remercie. »

VIDEO  Je vous invite à retrouver mon intervention en direct de l’Assemblée nationale sur le lien suivant :

http://videos.assemblee-nationale.fr/video.7088185_5c12791d5ed68.1ere-seance–motion-de-censure-deposee-en-application-de-l-article-49-alinea-2-de-la-constitution-13-decembre-2018?timecode=8080099

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Loi de Finances pour 2018 : mon explication de vote

Mardi 21 novembre 2017 – Projet de Loi de Finances pour 2018 – Explication de vote

« Avec l’adoption de ce premier projet de loi de finances de la législature, nous aurions dû célébrer aujourd’hui l’avènement du « nouveau monde ».

Nous nous attendions à nous prononcer sur un budget fixant un cap pour la France, opposant à la tentation du déclin et au confort de l’immobilisme la volonté de réformes courageuses, justes et efficaces. Toutes les conditions étaient en effet réunies pour que cette majorité y parvienne, toutes ! Les Français, épuisés par les changements de cap incessants, écœurés par les postures politiciennes, y étaient prêts !

Pour impulser le changement annoncé, vous pouviez compter sur une majorité écrasante mais aussi sur des hommes et des femmes de bonne volonté qui, comme nous, se sont affranchis des considérations partisanes et sont prêts à œuvrer avec vous en faveur de l’intérêt général.

Enfin, sur le front économique, vous disposez d’un environnement favorable : la croissance est de retour, les taux d’intérêt sont incroyablement bas, la menace déflationniste disparaît, le taux de marge des entreprises s’améliore et le chômage commence à diminuer.

Pourtant, en dépit de cet alignement des planètes, cette loi de finances nous laisse un arrière-goût d’inachevé, comme si l’ancien et le nouveau monde continuaient de cohabiter dans ce budget.

Certes, je salue la volonté du Gouvernement de faire de la stabilité fiscale la pierre angulaire de cette loi de finances, tout comme nous saluons la crédibilité de vos prévisions budgétaires. La censure de la taxe à 3 % sur les dividendes faisait peser une épée de Damoclès sur nos finances publiques mais vous y avez apporté une réponse rapide, même si ce n’est pas celle que notre groupe aurait souhaité et préconisait.

Nous soutenons, monsieur le ministre, votre choix résolu en faveur de la compétitivité avec la baisse de l’impôt sur les sociétés, la mise en place de la « flat tax », la transformation de l’ISF, la transformation du CICE en baisse des charges.

Cela étant, pour transformer la France en profondeur, il aurait fallu davantage que l’addition de mesures en faveur de nos entreprises ou que la réforme du marché du travail. Il aurait fallu engager une vraie réforme de l’État, donner plus d’autonomie à nos collectivités territoriales et lutter contre la centralisation excessive de la décision publique.

Il aurait également fallu renforcer nos dispositifs de solidarité en modernisant en profondeur notre protection sociale. Enfin, il aurait fallu opérer un basculement irréversible vers un modèle de croissance plus respectueux de l’homme et des ressources naturelles. Or cette promesse de transformation en profondeur n’est pas tenue. J’en veux pour preuve que vous ne prévoyiez aucune réforme d’envergure sur le périmètre d’intervention de l’État. Oui, les budgets de la défense, de la sécurité et de la justice augmentent. Oui, le jour de carence dans la fonction publique est rétabli, mais seuls 1 600 postes sont supprimés – c’est le niveau le plus faible depuis dix ans !

Cette inaction a une conséquence : les dépenses fiscales augmentent pour atteindre 100 milliards d’euros et le déficit augmente de 6 milliards pour la seule année 2018. Vous atteignez les fameux 3 % mais vous savez, monsieur le ministre, que vous ne devez ce résultat qu’aux administrations de Sécurité sociale qui, elles, sont excédentaires de 0,5 %. Vous procédez à des coups de rabot sans vision d’ensemble, comme dans le secteur du logement, même si j’ai noté un premier recul salutaire dans ce domaine.

Enfin, les 13 milliards d’euros qui sont retirés aux collectivités territoriales représentent un danger pour la cohésion sociale. Le Président de la République et le Premier ministre sont d’ailleurs en train de déployer des trésors de diplomatie au congrès de l’Association des maires de France pour que la confiance avec ces collectivités soit enfin rétablie.

Monsieur le ministre, vous avez proposé la suppression de la taxe d’habitation, mais vous savez très bien que celle-ci se traduira, tôt ou tard, par une augmentation des impôts locaux.

Nous vous avions pourtant proposé une autre voie pour améliorer le pouvoir d’achat des ménages, à savoir la baisse de l’impôt sur le revenu et le lancement d’une réflexion sur un nouvel impôt local plus juste. Nous mesurerons par ailleurs, dans quelques mois, les conséquences de la suppression de la réserve parlementaire.

Ce budget, enfin, est entaché d’une faute lourde, la hausse de la CSG, qui pénalisera les retraités et les fonctionnaires.

C’est une divergence importante entre nous. Vous le savez bien, monsieur le ministre, puisque vous avez en son temps défendu avec moi, et avec d’autres, l’augmentation de la TVA, avec la TVA compétitivité, qui présentait l’avantage de taxer les importations et donc de mieux protéger nos entreprises.

Mes chers collègues, vous l’aurez compris, le « nouveau monde », celui d’une France profondément transformée, ne se décrète pas. Il ne pourra pas se bâtir, monsieur le ministre, contre ceux qui, comme nous, vous ont tendu la main et ont plaidé pour plus de justice sociale, pour faire davantage confiance aux territoires et aux forces vives, et pour mieux préparer l’avenir. Vous ne l’avez pas suffisamment fait. Aussi, la majorité de notre groupe Les Constructifs : républicains, UDI, indépendants s’abstiendra. »

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Moralisation de la vie politique : nous sommes encore loin du compte

La majorité présidentielle a discrètement enterré une promesse de campagne du candidat Emmanuel Macron : l’obligation d’avoir un casier judiciaire vierge pour se présenter à une élection.

Ce revirement est grave : il affaiblit la crédibilité du projet de loi pour la confiance dans la vie publique, qui doit absolument contribuer à retisser le lien de confiance entre les Françaises et les Français et celles et ceux qui les représentent. Avec le dispositif voté par la majorité, une personne condamnée pour détournement de fonds privés pourra toujours se présenter à une élection.

Ce recul n’est pas à la hauteur de la crise de confiance qui traverse la France.

Je souhaite donc que l’exemplarité et la probité ne soient pas réduites à des slogans de campagne, et j’appelle la majorité à passer enfin aux actes !

Dans cette perspective, je dénonce la frilosité du gouvernement sur le « verrou de Bercy ».

Il est temps de mettre fin à ce système qui donne à l’administration fiscale le monopole de la poursuite pénale en matière de fraude fiscale. Cette emprise de l’administration sur les fraudes fiscales est en totale contradiction avec les objectifs de transparence et d’indépendance de la justice. Il ne s’agit ni plus ni moins d’un bouclier judiciaire pour les plus fortunés.

Ces petits arrangements au sommet de l’Etat ne peuvent que donner à nos concitoyens le sentiment que les puissants ne dépendent pas de la justice de droit commun, que tous ne sont pas égaux devant la loi. C’est ce même sentiment qui nourrit la défiance des Français vis-à-vis des institutions et fragilise le pacte républicain.

J’appelle donc le gouvernement et la majorité à faire preuve de courage et à apporter une réponse forte aux attentes des Françaises et des Français en matière de moralisation de la vie publique. Nous sommes encore loin du compte.

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