Cohésion des territoires : je propose la création d’une Agence nationale

Interview à L’Echo Républicain en date du 13 octobre 2017

De quel postulat êtes-vous parti pour cette proposition de loi ?

Du constat que la fracture dans le développement entre les métropoles et les espaces ruraux, les petites villes ou les quartiers de villes plus importantes, est en train de s’agrandir. Je crie halte au feu. C’est une déstructuration des territoires : le creuset dans lequel il y a des montées très fortes des extrêmes. C’est un berceau sur lequel il faut se pencher pour ne plus qu’on dise, “si ça ne marche pas, c’est le système”.

Qu’est-ce qui ne marche pas ?

On voit bien qu’en termes de téléphonie mobile, notre réseau n’est pas suffisant. Pour le numérique, il faut que ce soit nous, localement, qui soyons à la manœuvre, sans être sûrs des financements de l’État, alors que la transmission numérique, c’est le seul moyen de désenclaver le territoire, d’assurer son développement économique… On sait bien qu’on ne va pas créer des autoroutes, de nouvelles lignes TGV…

Vous parlez d’errements et d’erreurs dramatiques. À ce point ?

Depuis Charles Pasqua, il n’y a jamais eu de vraie politique, on fait du saupoudrage. Conséquence, cette cassure se manifeste de plus en plus. Et, c’est normal, les métropoles attirent. Elles ont la chance d’avoir une puissance financière et une capacité d’attractivité que n’ont pas les campagnes. En plus, l’État en a rajouté en les finançant mieux. Alors qu’il y a dans les interstices ruraux ou néoruraux plus d’habitants, on y ouvre des écoles, on y a davantage besoin de services à la population…

C’est paradoxal, puisque des mouvements de décentralisation ont été engagés dès 1982…

La décentralisation a permis de régler un certain nombre de choses. Mais ce n’est pas tout. Le pouvoir est resté très centralisé. Moi, je suis un décentralisateur. Il faut aller plus loin. Emmanuel Macron, s’il ne s’appuie pas sur les territoires, les Régions en particulier, pour aller chercher la croissance, je ne sais pas comment il va faire. Ce sera un coup de bâton dans l’eau.

Votre proposition de loi a- t-elle une chance d’être votée ?

En tout cas, le Président de la République lui­ même a dit qu’il fallait mettre de la cohérence et de la cohésion dans les territoires. Je lui propose un canevas, libre à lui de l’articuler. Je n’ai rien inventé. Ce concept, Jean­ Louis Borloo l’avait déjà préfiguré avec l’Anru (Agence nationale pour la rénovation urbaine) avec toute la thématique logements et quartiers. Là, je l’ai élargie aux territoires.

Vous écrivez qu’en quinze ans, quinze fois plus d’argent a été donné aux villes par rapport aux campagnes. Si cela avait été l’inverse, on en serait où ?

Les campagnes seraient bien mieux loties. Elles attirent, il y a un cadre de vie et une qualité de vie incomparables, avec des entreprises innovantes et une grande capacité de créativité. Il faut s’appuyer sur ces territoires, les soutenir. Le développement de la croissance de demain et cette transformation qu’on veut de la France ne se feront que si on s’appuie sur les territoires. Je rappelle que les grands plans d’aménagement des territoires datent de 1972. Aujourd’hui, les contrats de plan ne sont plus que l’ombre de ce qu’ils étaient voilà vingt ans.

Donc, tout pour la ruralité ? 

Je dis que les campagnes et les quartiers des villes en difficulté. C’est une idée simple selon laquelle il faut mettre plus de moyens dans un territoire qui souffre que dans celui qui souffre moins.

 

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