Interview à Atlantico

S’il ne présentera pas de candidat à la primaire de la droite et du centre, l’UDI compte bien peser sur la campagne, à en croire Philippe Vigier. Par ailleurs, le parti centriste a pour ambition de constituer à l’Assemblée un groupe « central » et « charnière ».

Atlantico : Ce mercredi 14 septembre, les députés UDI rencontrent François Fillon à l’occasion d’un déjeuner à votre initiative. Vous souhaitez également rencontrer Bruno Le Maire. Quel est aujourd’hui le positionnement de l’UDI vis-à-vis des candidats de la primaire de la droite et du centre ? Qu’en est-il d’Alain Juppé, apparemment soutenu par Jean-Christophe Lagarde ?

Philippe Vigier : Il me semble indispensable que nous puissions rencontrer les candidats qui ont reçu à la fois les parrainages des parlementaires, des élus, des militants. J’ai toujours dit, depuis l’annonce de cette primaire de la droite et du centre, qu’il était important que tous ceux qui se retrouvent dans les valeurs du centre – et de l’UDI en particulier – puissent participer. À mes yeux, c’est même plus important : ces militants, ces sympathisants qui partagent nos valeurs doivent participer. Ils le doivent parce que cette primaire est un moment primordial. Il s’agit de choisir celui ou celle qui portera les couleurs de la droite et du centre à l’élection présidentielle. Nous n’avons pas le droit de nous diviser et de présenter plusieurs candidats à l’élection présidentielle par la suite. Le risque existe toujours. À titre personnel, je n’ai jamais oublié l’élection du 22 avril 2002. Je ne souhaite pas voir l’histoire se répéter, mais cette fois-ci pour notre famille.

Je regrette que nous n’ayons pas de candidat issu de l’UDI, mais c’est ainsi et c’est désormais trop tard. Jean-Louis Borloo aurait pu se présenter : il avait la dimension aussi bien que la vision pour le faire. Néanmoins, nous pouvons peser par le projet et il est important que ce que nous apportons se retrouve dans la politique mise en place l’année prochaine, je l’espère, par un président de la République issu de la droite et du centre.

Certains députés UDI ont effectivement déjà choisi de soutenir des candidats de droite, comme Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé. D’autres encore ont jeté leur dévolu sur François Fillon, voire Bruno Le Maire. En tant que président de groupe, j’ai annoncé que je m’exprimerai plus tard, en octobre. La tâche qui m’incombe, c’est de rassembler demain un groupe qui soit, à l’Assemblée nationale, central, charnière, solide et en alliance avec Les Républicains. La constitution de ce groupe sera naturellement centriste, qu’il s’agisse d’élus MoDem ou UDI, mais il n’est pas improbable d’y croiser également des élus LR ou, éventuellement, une partie de ceux qui, à gauche, ont franchi le Rubicon.

L’UDI n’a pas de candidat favori dans cette primaire. Étant donné que nous ne présentons pas de candidat, il apparaît évident que les choix se dispersent. Je crois, cependant, que si nous souhaitons peser, la meilleure stratégie est de se réunir derrière un seul candidat. Mais la campagne démarre seulement et nous ne connaissons pas encore tous les projets des uns et des autres. Dans ce contexte, ces rencontres particulières comme celle que nous avons eue avec Alain Juppé, celle que nous avons avec François Fillon ce mercredi et celle que Bruno Le Maire a demandée sont des moments privilégiés d’échange. Ils permettent de soulever des questions importantes, comme celle – essentielle – de la méthode de gouvernement.

Aucun candidat du centre ne se présente à la primaire. Comment comptez-vous influencer néanmoins la campagne ? Quels sont les thèmes que vous souhaitez voir mis en avant et défendus par les candidats de droite ?

La sensibilité UDI pèse au sein de l’électorat. Plus les électeurs seront nombreux, plus cette sensibilité sera présente au sein des votes. Je suis pour une alliance forte, solide et équilibrée entre Les Républicains et les centristes (et tout particulièrement l’UDI).

Il nous faut peser par nos idées, comme il nous faut peser par notre implication. Nous n’allons pas regarder passer les trains et les suivre sans réfléchir ! Je suis persuadé que plus cette mobilisation sera forte, plus des hommes et des femmes – qui se retrouvent dans nos idées depuis de longues années – iront voter à la primaire. C’est par ce vote que nous comptons peser mais également par le projet. Demain, quelle Europe ? Quelle méthode de gouvernement ? Quelle école ? Quel soutien à l’économie ? Nous sommes le parti politique des territoires, car nous pensons que tout ne peut pas se faire par en haut. L’école de la deuxième chance, l’apprentissage et l’alternance sont autant de sujets majeurs qui me semblent importants, et ne correspondent qu’à des vœux pieux depuis des années. Est-ce que oui ou non on leur donne vraiment corps ? Cette Europe dont on voit bien qu’il faut réformer le modèle, se baser sur des accords intergouvernementaux… Nous avons un certain nombre d’idées sur tous ces sujets, et sur d’autres également (la protection sociale et la dépendance, l’efficacité de la dépense publique). Sur tous ces sujets, nous avons des propositions concrètes et nous avons beaucoup travaillé depuis 5 ans. Il nous faut faire entendre ces idées.

Or, un candidat issu des Républicains qui souhaite gagner la présidentielle a besoin de notre soutien. Entre le moment où il sortira de la primaire et le début de l’élection présidentielle, il s’écoulera un peu de temps. C’est à partir de là que nous allons peser sur ses projets.

Les instances de l’UDI semblent se déchirer autour du cas d’Emmanuel Macron, depuis que Jean-Christophe Lagarde annonçait vouloir dialoguer avec lui. Qui sont aujourd’hui les alliés du centre ? L’idée d’un grand rassemblement des réformateurs tient-elle toujours ?

Commençons par rappeler que l’idée de parler avec Emmanuel Macron ne représente rien de neuf. En tant que président de groupe, j’ai été amené à parler avec lui il y a déjà deux ans. Dans le cadre de la loi Macron j’ai travaillé avec lui. Simplement, aucune des discussions n’a abouti. Aucune de nos propositions, à l’exception d’une seule, n’a été retenue. J’ai constaté les limites de l’exercice.

Emmanuel Macron ne peut pas être le bel ange blanc qu’il prétend être alors que, pendant 5 ans, c’est lui qui conseillait le président de la République sur les questions économiques. Les résultats ne sont pas au rendez-vous, comme en témoigne clairement la situation d’Alstom. Il a été dit, les yeux dans les yeux, aux salariés d’Alstom que tout serait réglé. Emmanuel Macron a beau être audacieux et intelligent, il ne peut pas s’imaginer que tout va s’organiser autour de lui. S’il franchit le Rubicon et décide de participer à la reconstruction, il est le bienvenu, mais ce n’est pas autour de lui que tout va se construire. Je dis depuis longtemps maintenant que de Valls jusqu’aux Républicains, en passant par nous, il y a matière à constituer des majorités alternatives solides. Ce pays a trop souffert de déchirures.

Ce que nous n’avons pas compris de la démarche de Jean-Christophe Lagarde, c’est le fait qu’il ait choisi de discuter avec Emmanuel Macron au lendemain de son départ du gouvernement. Cela n’avait pas de sens : il fallait discuter avec lui avant ! Pour l’heure, nous attendons ses vraies propositions ainsi que sa sortie de la bulle médiatique. Paris Match, c’est très bien, mais cela ne suffit pas à constituer un vrai corpus idéologique ou à réaliser une politique.

Nos alliés, comme je le disais tout à l’heure, ce sont Les Républicains. Notre objectif, c’est celui d’un parti central fort, en alliance avec LR. Quand Emmanuel Macron dit au JDD qu’il veut refonder la gauche, cela soulève la question des alliances. Emmanuel Macron est-il prêt à une alliance avec LR ? Notre alliance naturelle est bien celle avec LR. Il n’y a pas d’inversion d’alliance et rien ne sera fait dans l’urgence. Et surtout, quand il est question de stratégie d’un parti politique, la collégialité est primordiale. Je la porte, et je la porte au niveau de mon groupe.

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