La vie démocratique n’est ni un luxe ni un privilège, et ne doit jamais le devenir : ma tribune dans l’Humanité

Après avoir profondément bouleversé les règles du temps de parole pour la campagne présidentielle et tenté de supprimer l’envoi postal du matériel électoral pour les élections départementales et régionales, la majorité récidive cette année, avec une nouvelle tentative d’atteinte à notre démocratie.
La dématérialisation du matériel de propagande électorale pour les élections législatives de 2017, que l’Assemblée nationale vient fort heureusement de rejeter, aurait constitué un déni de démocratie grave, alors même que le peuple a aujourd’hui le sentiment de ne plus être écouté.
En premier lieu, la suppression de l’envoi des professions de foi et des bulletins de vote, qui constitue l’unique moyen d’information d’un quart de la population, aurait constitué une rupture d’égalité entre les citoyens, qui n’auraient pas eu le droit d’être informés de la même manière.
En effet, cette mesure aurait rayé des listes électorales toutes celles et ceux qui ne disposent pas d’un accès à Internet, parce qu’ils vivent dans un territoire rural dans lequel la couverture numérique est imparfaite ou inexistante. Elle aurait également pénalisé toutes celles et ceux qui n’ont qu’une maîtrise imparfaite d’Internet, en particulier les personnes âgées. Enfin, elle aurait été un coup dur pour les foyers les plus modestes qui n’ont pas toujours les moyens d’avoir un ordinateur ou une connexion Internet à domicile.

Deuxièmement, cette mesure aurait avantagé les grands partis politiques, qui ont les moyens financiers d’acheminer autrement les professions de foi ou les bulletins de vote, et ce au détriment des petits partis politiques.
La dématérialisation de la propagande électorale aurait par conséquent constitué un obstacle supplémentaire pour les candidats aux moyens plus faibles. Cette évolution aurait été contraire aux aspirations des Français, qui se reconnaissent de moins en moins dans le clivage entre la droite et la gauche, attendent et espèrent un débat politique plus riche, des candidats nouveaux, qui leur permettent de faire un choix qui soit le plus fidèle possible à leurs convictions Cette rupture d’égalité devant l’information et cette atteinte au pluralisme auraient organisé l’exclusion de milliers d’électeurs et d’électrices et augmenté dramatiquement le taux d’abstention.

Enfin, comment ne pas voir que la suppression de l’envoi postal du matériel électoral aurait fragilisé un de ces moments symboliques, un de ces moments forts, autour desquels s’organise notre démocratie ?
La propagande électorale, dans sa version papier, revêt incontestablement une dimension affective : dans de nombreuses familles, les bulletins de votes et les professions de foi sont étalés sur la table, et donnent lieu à des échanges, des comparaisons entre les programmes, des débats passionnés, parce que les Françaises et les Français aiment la politique ! Alors que le fossé entre la classe politique et nos compatriotes ne cesse de se creuser, il est important de maintenir la réception de ces documents, qui donne lieu à un rituel et participe de notre attachement collectif à la démocratie, du lien de proximité entre le peuple et celles et ceux qui aspirent à parler en son nom.
Les 180 millions d’euros que cette mesure aurait permis d’économiser sont donc bien dérisoires au regard des enjeux fondamentaux soulevés par cette problématique. Commençons par dématérialiser les permis de construire ou les délibérations des conseils municipaux : ce sont des gisements d’économies qui ne mettraient pas en péril les fondements de notre démocratie. La participation à la vie démocratique n’est ni un luxe ni un privilège, et ne doit jamais le devenir.

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