L’avenir de la France se joue dans nos campagnes

Depuis soixante ans, les réformes territoriales, pourtant chaque fois présentées comme fondatrices d’une nouvelle étape, se succèdent sans parvenir à résorber les fractures entre villes et campagnes. Plus grave encore, les politiques d’aménagement du territoire n’ont pas anticipé les effets de l’attractivité des villes, de la mécanisation de l’agriculture, du déclin de l’emploi industriel ou de l’essor du numérique, aux conséquences importantes sur le dynamisme et l’attractivité des territoires.

Ces politiques inadaptées ont conduit à un sentiment d’abandon, parfois d’humiliation, du monde rural. Le malaise est aujourd’hui amplifié par le fait que les villes et les campagnes sont désormais confrontées à des problématiques similaires, comme l’insécurité ou le chômage, et que leurs habitants ont les mêmes attentes, en matière de qualité de vie, d’accès aux services publics, au très haut débit numérique ou à la culture.

Il est temps d’arrêter d’opposer les territoires. Il faut en finir avec cette vision jacobine qui façonne depuis trop longtemps notre pays au mépris des campagnes, de leur identité singulière, de leur histoire, des enjeux économiques et sociaux qui leur sont propres. Les prétendues réformes territoriales lancées par François Hollande – redécoupage de la carte des régions ou loi NOTRe – ne feront qu’aggraver cette fracture. Elles ne répondent à aucune des conditions qui auraient permis de soutenir le développement du monde rural : préserver la capacité d’investissement des collectivités, conforter la mission de proximité des départements, faire de la commune la pierre angulaire de notre organisation territoriale et clarifier les compétences.

Pourtant, notre ruralité doit, plus que jamais, être soutenue. Tout d’abord, parce qu’elle est porteuse de valeurs nécessaires en cette période troublée : l’entraide et la solidarité, le respect des traditions, le sens de la transmission. Ensuite, parce que le visage du monde rural change : les Français, attirés par une meilleure qualité de vie ou rebutés par la hausse de l’immobilier, repeuplent nos campagnes. Ces nouveaux habitants sont une richesse de plus pour notre ruralité, déjà forte de ses ressources industrielles, artisanales ou touristiques et de son immense espace foncier. Voilà pourquoi celle-ci est si précieuse: elle représente le trait d’union entre notre identité profonde et notre avenir.

L’aménagement du territoire est un combat de tous les jours qui doit passer par une nouvelle gouvernance. Il faut donc veiller au développement harmonieux des métropoles et des territoires ruraux et mettre en œuvre une véritable péréquation financière pour atténuer les inégalités territoriales.

Face à ces défis, les territoires et leurs élus ne peuvent pas tout attendre de l’Etat. Nous devons travailler à des solutions innovantes en favorisant les logiques de mutualisation, de contrat ou de partenariat. Nous réussirons ainsi à garantir un accès à des services publics de qualité, à soutenir la formation des professionnels qui s’engagent à s’installer à la campagne, à accélérer le développement du numérique et à réussir les mutations qui sont devant nous.

Les possibilités sont infinies. Nous avons ainsi créé, à Châteaudun, les Champs du Possible, un campus d’innovation et d’expérimentation qui  met en relation des exploitants agricoles et des entrepreneurs autour des technologies numériques. D’autres solutions peuvent être imaginées : pourquoi ne pas utiliser nos salles des fêtes pour offrir un cadre de travail convivial aux personnes qui télé travaillent ? Pourquoi ne pas installer des bornes numériques dans nos gares pour faciliter l’accès aux services publics ? La croissance de demain se fera dans les territoires: à nous de les rendre accueillants, agréables et accessibles.

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