Loi confiance : l’exemplarité n’est pas totale

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Projet de loi organique pour la confiance dans la vie politique : mon intervention à l’Assemblée nationale à l’occasion de l’explication de vote le 9 août 2017

« Vous avez inscrit dans son intitulé même un mot très fort, madame la garde des sceaux : confiance. Or, la confiance ne se décrète pas : elle se crée, par des résultats, par des comportements, par l’exemplarité.

Les résultats, je souhaite que ce gouvernement les obtienne. Notre pays compte aujourd’hui 6 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres, et des dizaines de milliers de migrants. Il y a aussi toutes les difficultés que connaissent nos territoires. Il vous appartient d’y apporter une réponse, car vous êtes en responsabilité.

Chers collègues du groupe La République en marche, ne tombez pas dans les pièges de 1981, quand on nous avait expliqué qu’après la nuit, la lumière arrivait enfin ; quand, dans ce même hémicycle, M. Laignel avait eu cette phrase assassine : « Vous avez juridiquement tort, car vous êtes politiquement minoritaire. »

Pour ma part, je n’ai pas oublié ces paroles. Or nous avons démontré que la réserve parlementaire n’était pas discrétionnaire, qu’elle était transparente. Je regrette que M. Ferrand soit déjà reparti, j’aurais aimé qu’il dise un mot sur ce sujet. Et dans l’exposé sommaire d’un amendement du groupe La République en marche lui-même, qui a été retiré vers minuit, vous vous en souvenez certainement, madame la garde des sceaux, ses auteurs estimaient que les modalités de mise en œuvre de la réserve étaient exemplaires et espéraient que l’outil du Gouvernement le serait au moins autant. Il y a eu une suspension de séance, ce fut un vrai moment de doute : je ne l’ai pas oublié. Cela signifie-t-il que les députés du groupe La République en marche imaginent qu’il faut balayer la réserve d’un revers de main ?

Je ne leur en veux pas a priori. Dans cinq ans, on en reparlera. Et il ne s’agit pas de clientélisme, mes chers collègues, car une enveloppe de 134 000 euros pour des circonscriptions qui comptent en moyenne 120 000 habitants, cela fait un euro par habitant. Quelle injure vous faites à nos concitoyens lorsque vous imaginez qu’on peut les acheter avec si peu ! Vous le faites !

Ils valent beaucoup plus. Ils valent de la reconnaissance. Comme vous l’avez rappelé à plusieurs reprises, madame la garde des sceaux, le rôle d’un député est de légiférer et de contrôler l’action du Gouvernement. Mais le député est aussi un facilitateur du territoire, mes chers collègues de La République en marche !

Ce que vous ferez, en intervenant auprès des ministres, auprès des administrations, c’est aider votre territoire à boucler un plan de financement. Vous découvrirez cela, à défaut de quoi vous serez tous des députés hors sol. Et la confiance, mon cher Marc Fesneau, ne se crée pas seulement au moyen de la réserve ; elle repose sur le contact que l’on noue au quotidien, sur la gestion des problèmes que au quotidien.

Un dernier mot, chers collègues. La porte-parole du groupe La République en marche a affirmé tout à l’heure que les promesses étaient tenues. Non ! Et l’obligation d’un casier judiciaire vierge ? Abandonnée ! C’était pourtant une promesse de campagne. Et les emplois familiaux, pourquoi les interdire pour les collaborateurs de députés et pas pour les collaborateurs des groupes ? Telle est la vérité, les Français l’ont vu. Et le verrou de Bercy, maintenu alors qu’il fallait le mettre de côté ? Abandonné là encore !

Vous le voyez bien, l’exemplarité dans laquelle vous semblez vous draper n’est pas totale.

Pour conclure, nous voterons ce texte. Depuis les textes présentés par Michel Rocard, les groupes parlementaires se sont retrouvés quasiment à l’unanimité sur les lois relatives à la moralisation de la vie politique. Celui qui nous est soumis aujourd’hui est un pas de plus, notamment sur les conflits d’intérêts. Sachez qu’il ne suffira pas à réinstaurer la confiance. Je ne voudrais pas qu’il nous fasse basculer dans la défiance ».

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