Lutte contre la désertification médicale : mon interview au Quotidien du Médecin

Patron du groupe centriste UDI à l’Assemblée nationale, le député d’Eure-et-Loir Philippe Vigier a déposé une proposition de loi instaurant la contrainte à l’installation des médecins, et rendant obligatoire un stage d’un an en ambulatoire. Elle est examinée ce mercredi 16 novembre en commission des affaires sociales et le 24 en séance plénière.

LE QUOTIDIEN : Pour la 3e fois en 5 ans, vous présentez une proposition de loi visant à contraindre l’installation des médecins libéraux. Pourquoi ?

PHILIPPE VIGIER : Je vous rappelle que les biologistes n’ont plus la liberté d’installation, tout comme les pharmaciens, les infirmiers et les sages-femmes. Regardez ce qu’avait proposé l’Ordre des médecins en 2012 sous la présidence du Dr Michel Legmann (il proposait que le médecin tout frais diplômé soit tenu d’exercer pendant cinq ans dans sa région de formation, NDLR), et souvenez-vous ce que proposaient François Hollande ou Mme Touraine, qui étaient favorables à la régulation avant 2012.

Dans ma proposition de loi, il n’y a pas que la contrainte à l’installation. Il y a aussi, par exemple, l’instauration de l’internat régional, pour adapter la formation aux vrais besoins démographiques des régions. Je propose aussi d’adapter le numerus clausus aux régions, et de le diminuer là où il y a déjà beaucoup de médecins. Mais globalement, il faut en former plus, car le volume d’heures travaillées est inférieur à ce qu’il était il y a 20 ans. Tant que nous n’aurons pas 350 000 médecins, on n’y arrivera pas à cause de ce moindre volume d’heures travaillées. Le texte prévoit aussi une année de stage en ambulatoire ou dans un centre hospitalier, afin que les étudiants sortent enfin des murs du CHU.

Je propose enfin que chaque médecin, à l’issue de sa formation, s’installe pour une durée minimum de trois ans dans une zone sous-dotée. Ce n’est pas une punition, il s’agit essentiellement de les sédentariser. Quand un étudiant signe un contrat d’engagement de service public (CESP), il doit passer au moins deux ans dans une zone sous-dotée à la fin de son cursus. En définitive, je propose à peu près la même chose que Mme Touraine, mais sans les aides pendant les études.

Des propositions de loi similaires ont toutes été rejetées. Qu’est-ce qui vous fait croire que, cette fois, ça pourrait passer ?

Parce qu’il y a urgence. Dans ma circonscription, il y a eu une rixe récemment dans un cabinet médical à cause de patients qui cherchaient un médecin désespérément. Il faut comprendre ce qui se passe sur le terrain : un rendez-vous chez un ophtalmo chez moi, c’est un an d’attente. Des dermatos, il n’y en a plus. Il fallait faire quelque chose.

Beaucoup assurent que la contrainte que vous prônez va éloigner encore plus les médecins de l’exercice libéral.

Il y a un point dans ma proposition de loi qui est essentiel : j’explique qu’il faut revaloriser la médecine libérale. La consultation est bloquée à 23 euros avec des promesses d’augmentation l’année prochaine, c’est indécent. Qu’a fait le gouvernement socialiste sur le sujet depuis 2012 ? Rien. Ensuite, il y a le problème de la suradministration. Le tiers payant généralisé en est un exemple. C’est surtout ça qui détourne les praticiens de la médecine libérale.

L’association des maires des petites villes de France a prôné une mesure plus souple que la vôtre en proposant que les jeunes médecins ne puissent pas faire leur première installation en zone surdotée.

Ça revient au même ! S’ils ne peuvent pas s’installer en zones surdotées, cela empiète tout autant sur la liberté d’installation, qui ne se découpe pas en tranches. Par ailleurs, ce serait une erreur que l’attention se focalise sur cette proposition d’installation en zones sous-dotées pendant trois ans. Il faut mettre au même niveau tous les aspects de ma proposition de loi.

Ne redoutez-vous pas que votre proposition de loi soit rejetée par vos confrères députés comme les précédentes ?

On verra bien pendant la discussion si tout est balayé ou si certaines dispositions sont adoptées. Si ma proposition d’installation en zones sous-dotées doit être reportée, tant pis, mais qu’au moins on adopte les trois autres, car on ne peut plus rester les bras croisés, ce qui se passe est gravissime. J’ai un ami médecin de 59 ans qui exerce en zone sous-dotée et qui vient de faire un infarctus. Il faisait plus de 60 actes par jour. Combien faudra-t-il en tuer pour que ça change ?

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