Revenons à l’école de la République

La ministre de l’éducation nationale a organisé début mai les assises de la refondation de l’école. Présentée comme un point d’étape dans la réforme éducative du quinquennat Hollande, cette opération de communication – sur fond d’annonce d’augmentation des instituteurs – n’a trompé personne.

Alors que la France a récemment été classée avant-dernière des systèmes éducatifs de l’OCDE, plombée par ses performances en matière d’équité et de participation des enfants à la vie scolaire, celui qui prêche le « ça va mieux » se congratule d’avoir rebaptisé les « internats d’excellence » en « internats de la réussite pour tous ». Les réformes s’empilent, sans que les chefs d’établissements, les enseignants, les élèves et leurs parents n’y comprennent rien.

L’école, jadis au cœur de la vie citoyenne, s’est éloignée de sa vocation première. Hier pierre angulaire de la République, elle est aujourd’hui devenue le réceptacle de tous les dysfonctionnements de notre société. L’école ne devrait-elle pas pourtant être le creuset de l’égalité des chances, en accueillant sur ses bancs les enfants sans distinction de condition sociale ? Ne devrait-elle pas promouvoir le mérite et l’excellence tout en transmettant les valeurs qui fondent notre vivre ensemble ?

Face à une aggravation de la situation des jeunes sur le marché du travail, l’éducation est un enjeu fondamental. Or, l’école entretient ou aggrave les inégalités au lieu de les corriger : la proportion d’élèves en retard à l’entrée en 6e se situe bien au-delà de la moyenne pour les enfants d’employés, d’ouvrier et d’inactifs. 150 000 jeunes quittent chaque année l’école sans diplôme et 20% des élèves ne maîtrisent pas les fondamentaux.

L’école est au cœur de la valorisation de notre ressource humaine, principale richesse de notre Nation. De la réussite de sa mission dépend la performance économique, sociale et culturelle de notre pays : elle ne doit pas se contenter de former une élite, mais offrir des perspectives d’avenir à chaque enfant. Alors que le budget consacré à l’enseignement scolaire continue d’augmenter, aucune mesure d’envergure n’est mise en œuvre pour améliorer l’offre éducative : l’école doit de nouveau devenir le centre de gravité de notre République.

Pour atteindre cet objectif, trois exigences méritent d’être poursuivies : la priorité doit être donnée au primaire car tout se joue dans les premières années ; la réussite des enfants doit s’appuyer sur la mobilisation de la communauté tout entière ; l’alternance et l’apprentissage doivent cesser d’être vus comme des roues de secours.

Dès lors, nous devons faire en sorte que l’enseignant et le chef d’établissement détectent les élèves qui rencontrent des difficultés d’apprentissage dès le CP. Je propose la création d’une caisse autonome de soutien par établissement de 2 000 euros par enfant, à comparer avec le coût de 5 000 euros généré par un redoublement.

Par ailleurs, l’école ne peut pas fonctionner en vase-clos, en particulier lorsqu’il s’agit d’apporter une réponse aux difficultés des élèves. Il est impératif d’associer les enseignants, les agents territoriaux, les parents d’élèves et les élus locaux, afin de définir des solutions partagées. Le libre choix des maires concernant les rythmes scolaires dans l’enseignement du premier degré, que j’ai toujours défendu, irait dans le sens d’une plus grande liberté laissée aux collectivités.

Enfin, la façon de rehausser le niveau de qualification de notre pays passe par la révolution qui consiste à réduire les formations générales au profit des formations qualifiantes, et cela ne peut passer que par l’alternance. N’ayons pas peur de lancer un grand plan en faveur de l’apprentissage pour en faire une voie d’excellence et permettre à tous les jeunes de se former à un métier dès 14 ans.

L’école, qui a été abîmée par François Hollande, doit faire partie des réformes prioritaires de la prochaine majorité, pour que nous mettions un terme à la fabrique des inégalités et que nous préparions notre avenir économique et social. Mais aussi et surtout parce qu’en cette période troublée, où nous avons tant besoin de repères, l’école est un choix de société, de valeurs et de civilisation.

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