Projet de loi de finances rectificative pour 2010 - Taxation des bonus - 2 février 2010
Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le président de la
commission des finances, monsieur le rapporteur général, mes chers
collègues, Nicolas Perruchot a, tout à l’heure, consacré son propos aux
dépenses d’avenir, donc au grand emprunt. J’évoquerai, pour ma part, un
autre élément essentiel de ce projet de loi de finances rectificative,
puisque je traiterai de la taxe exceptionnelle sur les rémunérations
variables des opérateurs de marché, plus communément appelée « taxe sur
les bonus ».
Cette mesure de responsabilisation de la profession bancaire,
attendue par nos concitoyens, s’inscrit dans un contexte international
de plus en plus contraignant à l’encontre de la spéculation à tout-va,
comme en témoignent les dispositions prises par nos partenaires
anglo-saxons. Ce dispositif démontre également la volonté du
Gouvernement d'exiger de nos banques des contreparties à la garantie
financière qui leur a été apportée en 2008. Ce n'est donc, mes chers
collègues, qu'un juste retour des choses.
Conformément aux engagements de la France lors du dernier sommet du
G20 à Pittsburgh en septembre dernier, le gain escompté par les
professionnels des marchés doit impérativement devenir proportionnel au
risque encouru. C'est tout l'enjeu de cette taxe. En effet, on ne peut,
d'un côté, réclamer de plus en plus d'efforts aux Français les plus
modestes, leur expliquer qu'il faut travailler plus pour gagner plus
et, de l'autre, dire aux traders qu'ils peuvent jouer sans compter,
sans tenir compte des risques énormes que la spéculation financière
fait peser à l'économie réelle.
Cette situation est économiquement, moralement et politiquement
inacceptable, madame la ministre. Je tiens donc, ici, à saluer une
nouvelle fois l’initiative du Président de la République, que vous avez
relayée, seulement un mois après la mise en place de mesures très
coercitives à l’encontre du secret bancaire qui ont fait, une fois de
plus, de notre pays un de ceux qui sont en pointe dans la lutte contre
l’irresponsabilité financière.
J’aimerais néanmoins rappeler, au nom du groupe Nouveau Centre,
l’importance qu’il y a à renforcer le dispositif de taxation des bonus
actuellement perçus pour en accentuer la signification politique et la
portée pratique. Nous sommes bien loin du système de
bonus-malus initialement annoncé par le Président de la République
auquel nous étions éminemment favorables.
Ainsi, au Nouveau Centre, nous avons fait quatre propositions, de
bon sens, qui ont vocation à modifier durablement le rapport au risque
des professionnels des marchés.
La première consiste à pérenniser cette taxe. Bien entendu, il ne
s’agit pas de le faire au niveau français. Seule une taxation
européenne des banques serait susceptible de changer enfin les règles
du jeu. Par ailleurs, les banques pourraient être tentées, si elles ne
savaient pas qu’un système plus coercitif se met en place, de ne pas
attribuer de bonus avant l’année prochaine. Il faut être prudent.
Deuxièmement, il faut impérativement répartir la charge de la taxe à
la fois sur les établissements de crédit et sur les traders, ce qui
n’est pas le cas dans le texte initial. Faute de quoi, les banques
pourraient une nouvelle fois en faire peser le coût sur leurs clients.
Troisièmement, nous avons proposé que cette taxe ne s’applique pas
uniquement aux rémunérations variables des traders, car, à l’évidence
et par simple effet de substitution, il suffira à leurs employeurs
d’augmenter la part fixe des rémunérations.
Enfin, nous proposons de ne pas affecter le produit de cette taxe au
fonds de garantie des dépôts, et, si j’ai bien entendu, l’unanimité est
en train de se faire sur ce point dans cet hémicycleet de la rendre non déductible de l’impôt sur les sociétés, comme
c’est le cas au Royaume-Uni, car cette opération ne doit pas être une
opération blanche pour les banques. Il ne faut pas confondre deux
objectifs distincts : modifier durablement les rémunérations des
traders, et augmenter l’abondement du fonds de garantie des dépôts, ce
qui est rendu nécessaire pour deux raisons, d’une part en raison du
rehaussement de 70 000 à 100 000 euros du plafond de la garantie décidé
par l’Union Européenne et, d’autre part, au regard de la faiblesse
structurelle du fonds de garantie des dépôts, qui serait incapable de
pallier les conséquences d’un effondrement du système bancaire.
Pour atteindre cet objectif, nous proposons une chose simple, que le
Gouvernement rehausse la contribution de chacune des entreprises de
crédit au fonds de garantie des dépôts et qu’il affecte les
360 millions d’euros de taxation attendus à la réduction de nos
déficits.
Mes chers collègues, le groupe Nouveau Centre et moi-même nous
réjouissons de l’instauration de la présente taxe, mais nous mettrons
tout en œuvre pour qu’elle remplisse son objectif premier : modifier
durablement et structurellement les rémunérations des traders de sorte
que le gain escompté soit toujours proportionnel au risque encouru.