Projet de loi de réforme des collectivités territoriales - Présentation du rapport pour avis - mardi 25 mai 2010
Madame la présidente, messieurs les ministres, monsieur le président
de la commission des lois, mes chers collègues, la commission des
finances a émis un avis sur le projet de loi portant réforme des
collectivités territoriales, adopté en première lecture par le Sénat.
Ce n’était ni le projet du Gouvernement ni celui dont vous êtes
saisis aujourd’hui, puisqu’il a été substantiellement modifié par la
commission des lois saisie au fond.
Je vous présenterai donc la position de la commission des finances
sur le texte adopté par le Sénat, avant de vous faire part de mon
appréciation – qui ne peut être que personnelle compte tenu de notre
règlement – sur le texte adopté par la commission des lois.
Commençons par l’avis de la commission des finances. Celle-ci s’est
saisie de trois volets du projet de loi : la création des métropoles,
la création de communes nouvelles, l’article 35 annonçant les principes
de la future loi portant clarification des compétences.
Reconnaissons-le avec lucidité, la commission a rendu un avis sur un
texte auquel le Sénat avait ôté l’essentiel de sa cohérence.
Les métropoles résultent de l’idée simple selon laquelle nos cinq ou
six plus grandes agglomérations manquent de souffle, de rayonnement, de
compétences, ainsi que des moyens nécessaires pour rivaliser avec leurs
homologues européennes que sont Francfort, Barcelone ou Milan.
Ces métropoles devraient aussi nous offrir la chance de mettre fin –
comme vous le disiez, monsieur le ministre – à l’hypercentralisme
français qui veut que tout se fasse à Paris. Depuis quelques décennies,
les très grandes villes de province ont pris une nouvelle dimension sur
notre territoire. La création des métropoles devrait permettre de
structurer plus étroitement un réseau de très grandes villes, assurant
ainsi un maillage plus efficace du territoire.
La commission des finances a estimé que le texte initial du
Gouvernement, et plus encore celui adopté par le Sénat, s’éloignaient
de cette belle idée en manquant d’ambition.
Loin de créer une nouvelle collectivité territoriale, dont le statut
aurait été réservé aux cinq ou six plus grandes agglomérations
françaises, le projet du Gouvernement proposait la création d’un nouvel
EPCI, accessible à toute agglomération de plus de 450 000 habitants le
souhaitant.
Nouvel étage du millefeuille territorial, la métropole ne se
distinguerait des communautés urbaines que par une plus forte
intégration budgétaire et fiscale – les communes membres ne pouvant
plus lever l’impôt – et par la possibilité nouvelle d’obtenir le
transfert de certaines compétences de leur département ou de leur
région.
Saisi de ce projet, le Sénat a encore banalisé la métropole en
l’alignant sur les actuelles communautés urbaines, pour finalement
forger un label, une marque et non plus un projet. Du coup, le statut
suscite de nombreuses convoitises : avec un tel seuil, environ douze
agglomérations pourraient devenir métropoles.
Or il faut en avoir conscience : si une communauté d’agglomération
devenait métropole, elle verrait passer sa DGF de 45 euros à 60 euros
par habitant. Dans ces conditions, quelle agglomération ne chercherait
pas à obtenir le label « métropole » ?
Messieurs les ministres, la commission des finances a adopté une
position claire et unanime contre le maintien ou l’accroissement des
effets d’aubaine financière qui ont porté la construction
intercommunale et dont nous n’avons plus les moyens actuellement.Dans la situation actuelle de nos finances publiques, les surcroîts de
dotation des futures métropoles ou communautés urbaines seront
désormais financées par une moindre péréquation.
Je vous alerte sur ce point, mes chers collègues : pourquoi une
agglomération à fort potentiel fiscal toucherait-elle un bonus payé par
les communes ou EPCI ruraux à potentiel fiscal faible ?
Ce n’est pas le sens de l’intercommunalité défendu par la commission
des finances. Ce n’est pas non plus une vision équilibrée de
l’aménagement du territoire.
Sortons de la logique de guichet ! Plutôt que de décerner un label à
une douzaine d’agglomérations, renforçons les cinq ou six métropoles
actuelles pour en faire les interlocuteurs stratégiques de Milan ou de
Francfort.
Ressentie par le Sénat comme un encouragement à la disparition des
communes, la création de communes nouvelles a entraîné l’adoption
d’amendements qui la rendent très difficile. Cela laisse augurer
l’échec des regroupements annoncés, comme ce fut le cas avec la loi
Marcellin de 1971.
La commission des finances a donc estimé que certains principes devaient être défendus fermement.
Premièrement, la création de communes nouvelles doit être neutre
financièrement. Si la situation de nos finances publiques nous interdit
toute incitation financière, la fusion ne doit pas être pénalisante non
plus. Je proposerai des amendements en ce sens.
Deuxièmement, leur création doit pouvoir être décidée par les
conseils municipaux, représentants légitimes des populations des
communes. Quand les élus sont unanimes à défendre un projet, je ne
crois pas qu’il soit de bonne politique de les soumettre à la censure
de la vox populi. Comme le propose la commission des lois, je
m’opposerai à l’obligation d’un référendum si tous les conseils
municipaux ont donné leur aval.
Venons-en à la clarification des compétences. L’article 35 du projet
posait les principes d’une clarification des compétences entre les
départements et les régions et annonçait, dans un délai d’un an, la
future loi sur la répartition des compétences entre collectivités.
C’est pourquoi la commission des finances avait souhaité poser le
principe d’un encadrement plus strict des cofinancements par une plus
grande responsabilisation des maîtres d’ouvrage. Cette idée a
d’ailleurs été entendue par le Gouvernement et la commission des lois.
Cependant, compte tenu de certains amendements adoptés en commission
des lois, nous sommes passés à un traitement définitif, trop rapide et
lacunaire du sujet, même si, dans les domaines de la culture, du
patrimoine et du sport, la clause de compétence générale est reconnue à
chaque collectivité.
Tout bien considéré, la commission des finances avait décidé de
rendre un avis favorable mais constructif à l’adoption du projet de loi
tel qu’il lui avait été soumis.
Je voudrais présenter maintenant les points de convergence et de
divergence entre la commission de lois et la commission des finances.
S’agissant des points de convergence, la commission des lois a
obtenu du Gouvernement un renforcement des compétences transférées aux
métropoles, notamment dans le domaine économique, comme je le proposais
dans mon rapport. Je m’en réjouis, monsieur le président de la
commission des lois !
Je souscris également à l’analyse du rapporteur, Dominique Perben,
qui a proposé une solution très équilibrée et proche de celle souhaitée
par la commission des finances, s’agissant des conditions de recours à
la consultation électorale pour la création des communes nouvelles.
C’est le cas encore pour l’encadrement des cofinancements par la
recherche d’une meilleure responsabilisation des maîtres d’ouvrage,
sujet sur lequel la commission des lois est parvenue, en écoutant les
uns et les autres, à une solution adaptée aux différentes tailles de
collectivités.
En matière budgétaire, la commission des lois a suivi l’avis de la
commission des finances sur plusieurs aspects techniques, tels que les
règles d’indexation de la DGF des métropoles ou des communes nouvelles,
ou la marge de manœuvre laissée au Comité des finances locales.
Je constate également que, sur les transferts facultatifs de DGF à
un EPCI, les deux commissions partagent une vision permettant la mise
en place d’une véritable péréquation et d’une solidarité intercommunale
forte.
Mais je dois relever aussi des points de désaccord.
Premièrement, la commission des lois a entériné la vision du Sénat
et du Gouvernement sur le seuil de création des futures métropoles,
aligné sur celui des communautés urbaines. Que Lille, Lyon et Marseille
puissent rester des communautés urbaines tandis que Strasbourg ou Rouen
deviendraient des métropoles, est-ce vraiment une vision ambitieuse de
ces dernières ? Je vous proposerai donc de relever le seuil de création
des métropoles à 600 000 habitants – l’article 40 ne s’y oppose pas –
et de rétablir celui des communautés urbaines à 500 000 habitants, afin
de réserver le statut de métropole à nos cinq ou six plus grandes
villes, tout en évitant les possibles effets d’aubaine financière pour
des agglomérations de taille moyenne.
La commission des finances a aussi rejeté l’hypothèse d’un nouveau
transfert de taxes communales aux métropoles. À ce jour, le transfert
de la taxe professionnelle suffit à financer intégralement les
compétences, la réversion atteignant entre 26 % et 98 % de la fiscalité.
Deuxièmement, la commission des lois a réintroduit deux incitations
financières à la création de communes nouvelles, l’une permettant – et
c’est une bonne chose – la récupération anticipée de la TVA grâce à un
alignement favorable du régime du FCTVA des communes nouvelles sur
celui applicable aux EPCI, l’autre consistant en une dotation exceptionnelle pour encourager les fusions.
Compte tenu de l’état de nos finances publiques et du fait que,
concrètement, ces incitations seront financées par un prélèvement sur
les sommes consacrées à la péréquation en faveur des autres communes,
je vous proposerai un amendement de suppression de la dotation
exceptionnelle. Celle-ci me paraît inutile, étant donné le régime de
récupération du FCTVA déjà instauré.
Troisièmement, je n’approuve pas la démarche adoptée par le
Gouvernement et la commission des lois sur l’article 35 et la
clarification des compétences.
Tout d’abord, la méthode consistant à rendre normatif cet article en
commission des lois a tout simplement empêché la commission des
finances de donner un avis et le Sénat de se prononcer en première
lecture. Avouez que c’est un peu étonnant, alors qu’un débat de fond
s’impose sur le sujet.
Ensuite, et surtout, nous ne pouvons accepter que les nouveaux articles 35, 35 bis et 35 quinquies tiennent
lieu, en tout et pour tout, de texte législatif sur la répartition des
compétences. Sinon, le débat est clos et nous laisserons passer une
nouvelle fois la possibilité de clarifier le rôle de chacune des
collectivités territoriales et celui de l’État.
Les élus locaux et nationaux attendent, avec une impatience accrue
encore par la réforme fiscale, de savoir comment seront clarifiées ces
compétences. Or, c’est le but du projet de loi envisagé puis abandonné
que d’apporter visibilité, simplicité, efficacité et moindre coût pour
l’exercice des missions de chaque collectivité.
Enfin, s’agissant de l’encadrement des financements croisés, je
regrette vivement que la commission des lois ait adopté un amendement
visant à interdire le cumul de subventions du département et de la
région pour les communes de plus de 3 500 habitants.
En interdisant aux petites communes de cumuler les subventions du département et de la région, la règle posée à l’article 35 ter selon
laquelle elles pourraient n’assumer que 20 % de l’investissement semble
caduque. En effet, comment une petite commune pourrait-elle faire
financer 80 % d’une opération par une seule des deux collectivités
départementale et régionale ?
En conclusion, mes chers collègues, la commission des finances avait
rendu un avis favorable à l’adoption du projet de loi en navette le
11 mai dernier, mais je ne suis pas certain qu’elle approuverait toutes
les dispositions du texte qui vous est soumis aujourd’hui.