Projet de loi de finances rectificative pour 2010 - Explication de vote - Mardi 1er juin 2010
Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues,
l'adoption par les ministres des finances européens du mécanisme de
stabilisation de la zone euro est une décision sans précédent dans
l'histoire européenne et doit une nouvelle fois être saluée à sa juste
valeur.
La crise économique et financière que l'Europe traverse aujourd'hui
appelle une réponse européenne immédiate et le Nouveau Centre ne peut
que se réjouir des dispositions prises par l'ensemble des acteurs
européens, et en particulier par la France.
Mieux, elle justifie la rupture avec deux principes fondateurs de
l'euro : l'absence de coresponsabilité sur les dettes publiques, d'une
part, et la stricte séparation entre politique monétaire et politique
budgétaire, d'autre part.
Face à la rapidité fulgurante de la contagion sur l'ensemble des
marchés européens, il fallait en effet intervenir vite et surtout faire
jouer la solidarité européenne. Madame la ministre, j'en profite ici
pour saluer, une nouvelle fois, votre action et le rôle que vous avez
joué dans le rapprochement du couple franco-allemand.
Si les marchés semblent repartir à la baisse, il n’en reste pas
moins que ce plan de sauvetage à l’échelle européenne demeure
essentiel, au moins sur le court et le moyen terme, pour faire face aux
risques de déstabilisation de la zone euro.
J’aimerais cependant, au nom du groupe Nouveau Centre, vous faire
remarquer que cette crise laisse derrière elle trois chantiers auxquels
nous devons nous atteler sans plus tarder.
Le premier, c’est celui de la réduction de nos déficits publics, que
nous ne pouvons plus considérer comme un objectif secondaire. En effet,
du redressement strict des finances publiques de l’ensemble des
partenaires européens, à commencer par celles de notre propre pays,
dépendra la viabilité de ce plan de sauvetage.
Deuxième chantier, celui de la régulation bancaire et financière. Il
est en effet inadmissible que le contribuable européen n’ait de cesse
de venir au secours des banques qui ont pris trop de risques et qui
n’assument pas leurs responsabilités.
Sur ce point, les débats qui nous occuperont la semaine prochaine
autour de la loi sur la régulation bancaire et financière nous
donneront l’occasion de saluer les efforts initiés par notre pays en la
matière mais surtout de marteler ce qui doit devenir le maître mot de
toute forme de régulation : la responsabilisation des acteurs
financiers.
Troisième chantier, celui de la mise en place d’une véritable
gouvernance économique européenne. Il est clair, pour le Nouveau
Centre, que nous devons impérativement parvenir à faire converger nos
politiques économique, fiscale et sociale.
Une chance historique nous est aujourd’hui offerte de mettre en
pratique cette gouvernance en adoptant la proposition du commissaire
européen Olli Rehn de soumettre a priori l’examen des budgets nationaux
à la Commission européenne.
Pour le Nouveau Centre, il s’agit là de l’unique moyen de bâtir un
véritable fédéralisme budgétaire, seul à même de pallier les carences
de la coopération intergouvernementale en matière de réduction des
déficits publics.
Son corollaire devrait être l’examen par le Parlement du programme
de stabilité transmis par l’exécutif à la Commission européenne, comme
l’a récemment annoncé le Président de la République, ce qui respecte la
souveraineté nationale de nos engagements européens, ratifiés par le
peuple.
L’impréparation de la zone euro est liée à une crise plus profonde
de l’idéal européen, crise dont la nature n’est autre que politique et
institutionnelle.
La question des dettes souveraines et des risques de contagion qui
lui sont inhérents imposent une harmonisation économique, fiscale et
sociale des pays de la zone euro. La monnaie unique n’ouvre pas que des
droits, elle implique aussi des devoirs en matière de convergence et de
solidarité européenne.
Elle nous invite également à nous inspirer de ces quelques mots de
Jacques Delors qui, en 2000, plaidait pour une « refonte du pacte
communautaire » en ces termes : « La mondialisation en cours nous
oblige à constituer ce grand ensemble capable d’en tirer les profits
mais d’en éviter les excès. Bâtissons ensemble un espace géopolitique
qui pourra servir d’exemple le jour où les organisations
internationales et les grandes nations voudront bien fixer les règles
du jeu d’une mondialisation réussie ».
Mes chers collègues, madame la ministre, le groupe Nouveau Centre votera ce texte.
L’Europe est à un tournant. Nous devons bâtir une nouvelle Union
Européenne, une Europe économique conquérante, une Europe économique
régulée, une Europe économique solidaire.