Débat d'Orientation Budgétaire - Explications de vote - Mardi 6 juillet 2010
Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le ministre, mes
chers collègues, ce débat marque un tournant majeur dans la politique
budgétaire du Gouvernement.
Depuis trente ans, la classe politique a cru bon de marginaliser les
tenants de l’orthodoxie budgétaire, les femmes et les hommes
responsables, qui refusent la vision à court terme et savent que les
décisions budgétaires d’aujourd’hui engagent l’avenir du pays. Deux
faits majeurs concourent à faire du retour à l’équilibre de nos
finances publiques une priorité absolue : d’une part, l’impact de la
crise économique et financière ; d’autre part, la menace d’une
déflagration en matière de dette souveraine.
Au Nouveau Centre, nous n’avons pas attendu que cette double crise
vienne menacer la stabilité de la zone euro et l’indépendance même de
notre gouvernance économique pour dénoncer l’irresponsabilité de ces
trente années au cours desquelles tous les gouvernements, de droite
comme de gauche, ont choisi de gaspiller les marges de manœuvre dont
nous disposions.
Faisons donc preuve de courage et de détermination pour inverser la
tendance. Gel des dépenses de l’État, nouvelles règles d’équilibre
budgétaire, coup de rabot sur les niches fiscales : les temps ont donc
changé pour que les propositions faites depuis trois ans par le Nouveau
Centre deviennent aujourd’hui incontournables aux yeux du Gouvernement.
Nous n’en faisons pas un motif de satisfaction car la question de
l’endettement public n’est pas une question politicienne ; c’est une
question d’équité entre les générations ; c’est une question vitale,
pour que notre pays ne décroche pas, notamment par rapport à
l’Allemagne et à l’Angleterre, qui ont montré la voie. Simplement,
après l’époque où seul le mirage de la croissance laissait espérer
l’équilibre budgétaire, il faut changer de logiciel et adresser un
signal fort aux marchés et à nos partenaires économiques en définissant
une perspective réaliste pour 2013.
Force est de constater que, sous la pression des marchés et de la
Commission européenne, le Gouvernement prend enfin la mesure des enjeux
auxquels nous sommes confrontés. Nous soutiendrons son action, mais les
hypothèses qu’il défend, selon lesquelles nous reviendrons aux critères
de Maastricht en 2013, ne sont pas à la hauteur des enjeux, pour trois
raisons très bien énoncées par Charles de Courson.
Tout d’abord, le gel en valeur des dépenses de l’État sur trois ans
n’est pas un gel strict. Il n’inclut effectivement ni les charges
d’intérêts de la dette ni les pensions, qui représentent plus de 4,5
milliards d’euros.
Ensuite, l’hypothèse d’une croissance annuelle de 2,5 % pour les
années 2011 à 2013 n’est pas une hypothèse réaliste. Christine Lagarde
l’a d’ailleurs reconnu ce matin même.
Enfin, le relèvement très probable des taux d’intérêt va durablement
alourdir notre charge d’intérêts, l’État ayant choisi de recourir plus
massivement à des emprunts à court terme.
Il nous faut donc aller plus loin. Au Nouveau Centre, nous
l’affirmons avec force : le déficit structurel de la France pèse pour
la moitié dans les déficits publics. Il faut donc lancer maintenant une
véritable politique de maîtrise des dépenses publiques. Nous sommes
attachés à l’inscription dans la Constitution d’une véritable règle
d’or, fixant un niveau limite d’endettement fonctionnel pour le pays,
comme l’ont fait nos partenaires allemands. Nous nous battrons pour
l’obtenir, comme nous continuerons à nous battre pour faire respecter
les règles de bonne gouvernance de nos finances publiques, qui, si
elles existent déjà, demeurent insuffisamment appliquées.
Vous l’aurez compris, mes chers collègues, le groupe Nouveau Centre
approuvera cette déclaration gouvernementale. Si nous avons souhaité
qu’il y ait un vote, c’est d’ailleurs parce qu’elle s’inscrit dans une
dynamique vertueuse. Cependant, disons-le avec la plus grande des
fermetés, nous saurons être vigilants et nous ferons entendre les
réserves que nous venons d’exprimer, au moment où une chance que je
qualifierai d’historique nous est enfin donnée de devenir responsables,
courageux et audacieux.