Dimanche 02 juin 2013
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Projet de loi de finances rectificative pour 2011 - Discussion générale - Lundi 6 juin 2011

 

Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je ne reviendrai pas sur les propos de Charles de Courson, qui a dit notre satisfaction de voir supprimer ce bouclier fiscal.

Car, depuis 2007, nous avons toujours été aigus en la matière. Je partage également la satisfaction de mon collègue de Courson à propos de la réforme de l’ISF.

Je voudrais insister devant vous sur la nécessité d’atteindre l’objectif d’une fiscalité plus juste que le groupe Nouveau Centre appelle de ses vœux depuis de longues années.

Mes chers collègues, le débat sur la taxation des hauts revenus a toute sa place à l’occasion de l’examen d’une réforme portant sur la fiscalité du patrimoine. Je dirai même qu’il est essentiel, alors qu’une grande partie de nos concitoyens continue de souffrir des effets de la crise et que les efforts de redressement de nos finances publiques, engagés voilà plus de quatre ans, doivent être mieux répartis. Vous savez, monsieur le ministre, combien nous avons insisté pour que, dans la lutte contre les niches fiscales, les recettes soient mieux préservées pour notre pays.

Le groupe Nouveau Centre est convaincu par une double logique.

En premier lieu une exigence d’équité fiscale. La recherche de la progressivité de l’impôt et la justice fiscale sont des éléments constitutifs de la cohésion de notre tissu social. Au moment où l’on demande de nombreux efforts aux Français, il serait incompréhensible que les plus hauts revenus n’y participent pas de façon plus importante.

Ensuite, une logique de convergence fiscale franco-allemande, qui est chère aux centristes, chère au Président de la République et à l’ensemble de la majorité, logique qui doit être naturellement poursuivie.

Le souci de lisibilité du droit fiscal et de l’impératif de justice sociale entre les différents types de revenus nécessite de soumettre au régime de droit commun les rémunérations exceptionnelles du patrimoine. Je ne crois pas une seule seconde à une taxation exceptionnelle des très hauts revenus, même de l’ordre d’un million d’euros, mais je crois, monsieur le ministre, à une taxation pérenne, plus juste socialement, plus efficace économiquement.

Les rémunérations provenant d’intérêts ou de dividendes versés, ainsi que certaines plus-values mobilières et immobilières, sont en effet aujourd’hui totalement déconnectées de toute réalité et de tout fondement économique. Pis encore, ces pratiques sont parfois choquantes.

Il n’est pas un jour sans que des bonus, versés à tel ou tel cadre dirigeant, fassent les gros titres de la presse et suscitent dans l’opinion une idée d’injustice fiscale permanente. À ce titre, le prélèvement forfaitaire libératoire constitue une optimisation fiscale pour les contribuables dont la tranche marginale d’impôt sur le revenu se situe à 41 %.

En effet, les rémunérations du capital, qu’elles soient variables ou fixes, peuvent être soumises à un prélèvement forfaitaire libératoire, fixé au taux de 19 %, auquel s’ajoute l’ensemble des prélèvements sociaux – CSG, CRDS, prélèvement social et taux additionnel, RSA, c’est-à-dire 12,3 % –, ce qui fait un taux global de 31,3 % depuis le 1er janvier 2011. Soit près de vingt-deux points d’écart par rapport à la dernière tranche du barème de l’impôt sur le revenu, qui s’établit à 53,3 %, soit 41 plus 12,3 % de prélèvements sociaux !

Ces vingt-deux points d’écart ne sont pas acceptables en l’état : comment peut-on les justifier ? Ce qui revient à dire que les revenus du travail sont davantage fiscalisés que la plupart des revenus du patrimoine.

Le groupe Nouveau Centre proposera donc une mesure simple et lisible : soumettre l’ensemble des plus hauts revenus issus du capital – dividendes, placements à revenu fixe, plus-values de cession sur valeurs mobilières et plus-values immobilières – au régime de droit commun, à savoir le barème de l’impôt sur le revenu. Cela revient tout simplement à supprimer les différentes impositions à taux forfaitaire libératoire de l’impôt sur le revenu pour les contribuables dont le revenu excède 150 000 euros par part. Je rappelle au passage que cette mesure rapporterait entre 600 et 800 millions d’euros.

Monsieur le ministre, mes chers collègues, nous appelons de nos vœux un débat sincère et sans détour sur la question des hauts revenus. C’est, à nos yeux, une étape incontournable vers une fiscalité plus moderne, plus juste et plus lisible. La suppression du bouclier fiscal et la modernisation de l’ISF sont deux étapes majeures, économiquement efficaces et socialement justes. Vous devez saisir cette occasion, monsieur le ministre, pour imposer davantage une partie des revenus du patrimoine.

Enfin, cette proposition permettra à la réforme non seulement de s’équilibrer financièrement, mais encore de dégager des ressources complémentaires dont chacun s’accordera à reconnaître qu’elles sont indispensables sur le difficile chemin de la réduction des déficits que la France emprunte depuis quatre ans.

Vous l’aurez compris, monsieur le ministre, nous soutenons votre réforme, mais demandons avec force qu’elle soit plus juste socialement et plus efficace économiquement.









Tous droits réservés Philippe Vigier