Projet de loi de finances rectificative pour 2011 - Discussion générale - Lundi 6 juin 2011
Monsieur le président, monsieur le ministre, mes chers collègues, je ne
reviendrai pas sur les propos de Charles de Courson, qui a dit notre
satisfaction de voir supprimer ce bouclier fiscal. Car, depuis 2007, nous avons toujours été aigus en la matière. Je
partage également la satisfaction de mon collègue de Courson à propos
de la réforme de l’ISF.
Je voudrais insister devant vous sur la nécessité d’atteindre
l’objectif d’une fiscalité plus juste que le groupe Nouveau Centre
appelle de ses vœux depuis de longues années.
Mes chers collègues, le débat sur la taxation des hauts revenus a
toute sa place à l’occasion de l’examen d’une réforme portant sur la
fiscalité du patrimoine. Je dirai même qu’il est essentiel, alors
qu’une grande partie de nos concitoyens continue de souffrir des effets
de la crise et que les efforts de redressement de nos finances
publiques, engagés voilà plus de quatre ans, doivent être mieux
répartis. Vous savez, monsieur le ministre, combien nous avons insisté
pour que, dans la lutte contre les niches fiscales, les recettes soient
mieux préservées pour notre pays.
Le groupe Nouveau Centre est convaincu par une double logique.
En premier lieu une exigence d’équité fiscale. La recherche de la
progressivité de l’impôt et la justice fiscale sont des éléments
constitutifs de la cohésion de notre tissu social. Au moment où l’on
demande de nombreux efforts aux Français, il serait incompréhensible
que les plus hauts revenus n’y participent pas de façon plus importante.
Ensuite, une logique de convergence fiscale franco-allemande, qui
est chère aux centristes, chère au Président de la République et à
l’ensemble de la majorité, logique qui doit être naturellement
poursuivie.
Le souci de lisibilité du droit fiscal et de l’impératif de justice
sociale entre les différents types de revenus nécessite de soumettre au
régime de droit commun les rémunérations exceptionnelles du patrimoine.
Je ne crois pas une seule seconde à une taxation exceptionnelle des
très hauts revenus, même de l’ordre d’un million d’euros, mais je
crois, monsieur le ministre, à une taxation pérenne, plus juste
socialement, plus efficace économiquement.
Les rémunérations provenant d’intérêts ou de dividendes versés,
ainsi que certaines plus-values mobilières et immobilières, sont en
effet aujourd’hui totalement déconnectées de toute réalité et de tout
fondement économique. Pis encore, ces pratiques sont parfois choquantes.
Il n’est pas un jour sans que des bonus, versés à tel ou tel cadre
dirigeant, fassent les gros titres de la presse et suscitent dans
l’opinion une idée d’injustice fiscale permanente. À ce titre, le
prélèvement forfaitaire libératoire constitue une optimisation fiscale
pour les contribuables dont la tranche marginale d’impôt sur le revenu
se situe à 41 %.
En effet, les rémunérations du capital, qu’elles soient variables ou
fixes, peuvent être soumises à un prélèvement forfaitaire libératoire,
fixé au taux de 19 %, auquel s’ajoute l’ensemble des prélèvements
sociaux – CSG, CRDS, prélèvement social et taux additionnel, RSA,
c’est-à-dire 12,3 % –, ce qui fait un taux global de 31,3 % depuis le 1er janvier
2011. Soit près de vingt-deux points d’écart par rapport à la dernière
tranche du barème de l’impôt sur le revenu, qui s’établit à 53,3 %,
soit 41 plus 12,3 % de prélèvements sociaux !
Ces vingt-deux points d’écart ne sont pas acceptables en l’état :
comment peut-on les justifier ? Ce qui revient à dire que les revenus
du travail sont davantage fiscalisés que la plupart des revenus du
patrimoine.Le groupe Nouveau Centre proposera donc une mesure simple et
lisible : soumettre l’ensemble des plus hauts revenus issus du capital
– dividendes, placements à revenu fixe, plus-values de cession sur
valeurs mobilières et plus-values immobilières – au régime de droit
commun, à savoir le barème de l’impôt sur le revenu. Cela revient tout
simplement à supprimer les différentes impositions à taux forfaitaire
libératoire de l’impôt sur le revenu pour les contribuables dont le
revenu excède 150 000 euros par part. Je rappelle au passage que cette
mesure rapporterait entre 600 et 800 millions d’euros.
Monsieur le ministre, mes chers collègues, nous appelons de nos vœux
un débat sincère et sans détour sur la question des hauts revenus.
C’est, à nos yeux, une étape incontournable vers une fiscalité plus
moderne, plus juste et plus lisible. La suppression du bouclier fiscal
et la modernisation de l’ISF sont deux étapes majeures, économiquement
efficaces et socialement justes. Vous devez saisir cette occasion,
monsieur le ministre, pour imposer davantage une partie des revenus du
patrimoine.
Enfin, cette proposition permettra à la réforme non seulement de
s’équilibrer financièrement, mais encore de dégager des ressources
complémentaires dont chacun s’accordera à reconnaître qu’elles sont
indispensables sur le difficile chemin de la réduction des déficits que
la France emprunte depuis quatre ans.
Vous l’aurez compris, monsieur le ministre, nous soutenons votre
réforme, mais demandons avec force qu’elle soit plus juste socialement
et plus efficace économiquement.