Frais bancaires
Le Gouvernement est attentif à la tarification des services bancaires.
Des progrès importants doivent être réalisés, en particulier pour
renforcer la transparence des tarifs et pour limiter le coût des
incidents pour les clientèles plus fragiles. Une réforme d'envergure
est actuellement en cours pour répondre à ces difficultés. Le
diagnostic formulé par le Gouvernement est toutefois différent sur
plusieurs points des conclusions d'une l'enquête publiée le 23 mai 2011
par l'UFC-Que-choisir. Les coûts directs des cartes bancaires -
essentiellement les cotisations - constituent effectivement une
proportion importante des frais bancaires acquittés par les Français et
des revenus des banques de détail, comme le souligne l'association. Le
niveau des frais liés à la carte bancaire provient de ce que plusieurs
autres services de la « banque au quotidien » sont gratuits ou
faiblement rémunérés. C'est par exemple le cas du chèque, qui est
gratuit tandis qu'il correspond à 20 % des paiements effectués en
France hors espèces et constitue un centre de coût important pour les
établissements bancaires. Il en va de même pour les retraits d'espèces,
gratuits dans le réseau du consommateur et bon marché, par rapport aux
autres pays européens, dans les autres réseaux. De ce fait, la carte
bancaire représente mécaniquement une part prépondérante dans le total
des frais bancaires acquittés par les Français et un élément
déterminant de l'offre des banques. Ce constat ne traduit pas en
lui-même une situation abusive qui porterait atteinte aux intérêts des
consommateurs. Les coûts indirects des cartes bancaires - portés
principalement par les commerçants lorsqu'ils acceptent une transaction
par carte - font, pour leur part, l'objet d'une attention toute
particulière des pouvoirs publics dont l'objectif reste toujours celui
d'une promotion des moyens de paiement les plus sûrs et efficaces pour
le consommateur. La carte fait partie, incontestablement, de ces moyens
de paiement et sa promotion est indispensable auprès de tous les types
de commerce et pour tous les types de montants. C'est la raison pour
laquelle un rapport a été produit par trois parlementaires (R. Mallié,
B. Debré et F. Branget) afin d'établir une liste de mesures permettant
de développer la carte de paiement dans le plus grand nombre de
situations. Dans le cadre de ces travaux, dont les conclusions ont été
rendues en juillet 2011, les établissements bancaires ont pris des
engagements forts. D'ici à mars 2012, ils mettront à disposition des
commerçants un récapitulatif annuel détaillé de l'ensemble des frais
acquittés pour l'encaissement des paiements par carte (RAFEC). Ils se
sont également engagés à proposer des offres d'entrée de gamme pour les
petits commerçants, soit pour des volumes inférieurs à 12 000 euros de
chiffre d'affaires encaissé par carte, qui doivent permettre une
diminution de 30 % des commissions dès sa mise en place d'ici à mars
2012. Enfin, les établissements bancaires devront proposer une offre
attractive pour les paiements par carte de petit montant, permettant
une baisse des commissions de l'ordre de 45 %. Le comité consultatif du
secteur financier (CCSF) veillera au respect de ces engagements et un
groupe de travail associant les fédérations de banques et de
commerçants sera constitué pour veiller à une acceptation plus large de
la carte bancaire pour des faibles montants. En outre, les frais
indirects associés aux cartes de paiement ont fait l'objet d'un examen
par les autorités de concurrence nationales qui, sans remettre en cause
la pertinence des commissions interbancaires de paiement liées aux
transactions par carte, ont souhaité que le niveau de ces commissions
soit réduit. Dans ce cadre, au terme d'une procédure négociée avec le
GIE Cartes bancaires, qui regroupe plus de 130 acteurs bancaires,
l'Autorité de la concurrence a rendu publique le 7 juillet une décision
tendant à faire baisser de manière substantielle la plupart des
commissions interbancaires liées aux transactions par carte. La
commission interbancaire de paiement baisse ainsi de près de 36 % et la
commission interbancaire de retrait de près de 21 %. La mise en oeuvre
de ces engagements à compter du 1er octobre 2011 devrait permettre
d'enclencher une diminution des frais que les banques appliquent à
leurs clients, commerçants comme particuliers. Elle devrait en outre
donner lieu à un développement de l'utilisation de la carte. La
justification économique des frais liés aux cartes bancaires est aussi
plus forte que ne le suggère l'UFC. L'association estime que 42 % du
prix des cotisations de carte n'est pas justifié économiquement. Pour
ce faire, elle déduit du prix moyen des cartes les coûts de fabrication
et de mise en service de la carte, les coûts des services inclus dans
la carte (comme les assurances voyage) et la cotisation Visa ou
Mastercard. Cependant, cette estimation ne prend pas en compte
plusieurs éléments déterminants du coût des cartes bancaires pour
l'établissement. La rémunération des personnels, l'entretien du réseau
physique d'agences et de distributeurs ainsi que la gestion du système
informatique nécessaire au fonctionnement des cartes ne sont pas inclus
dans ce calcul, alors qu'ils constituent un déterminant fondamental des
tarifs bancaires et de la qualité du service rendu au consommateur.
Ceci est d'autant plus significatif que les réseaux bancaires français
sont caractérisés par un nombre d'agences, de distributeurs et de
conseillers par client plus élevé que les autres banques européennes,
comme le souligne le rapport sur la tarification des services bancaires
remis au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie le 8
juillet 2010. De plus, la rémunération de ces services est en grande
partie portée par les cotisations de carte bancaire, puisque d'autres
services de la banque au quotidien sont gratuits (chèque, retraits dans
le réseau). Enfin, lors d'une intervention devant le CCSF le 21
novembre 2011, le ministre de l'économie, des finances et de
l'industrie s'est vu présenter le premier rapport de l'Observatoire des
tarifs bancaires, qui permet d'évaluer les premiers résultats de la
réforme des frais bancaires qui fait suite au rapport sur la
tarification des services bancaires et qui visait à renforcer la
transparence des frais bancaires et à limiter les frais d'incidents
pour les clientèles fragiles. Le Gouvernement est en particulier très
attentif aux difficultés que la multiplication des frais d'incident
peut engendrer pour certains consommateurs. La majorité des
consommateurs ne s'acquittent d'aucun ou que d'un nombre limité de
frais d'incidents et de commissions d'interventions, mais environ 1 %
de la clientèle des banques, souvent plus fragile, fait face à des
frais d'incidents excessifs. Le premier rapport de l'Observatoire
confirme que les établissements bancaires ont mis en place,
conformément à leurs engagements, une offre spécifiquement adaptée aux
consommateurs qui font face à des frais d'incidents excessifs, pour
environ 3 euros par mois. Cette offre, lancée en juin 2011 - certaines
banques l'avaient déjà fait par anticipation -, présente les
caractéristiques suivantes : elle comprend une carte « antidépassement
» à autorisation systématique qui remplace ainsi le chéquier ; elle
inclut un système d'alerte sur le solde du compte permettant, par
l'envoi par exemple d'un SMS, de signaler au client qu'il est proche
d'un éventuel dépassement de découvert ; pour les bénéficiaires de
cette offre, les banques se sont engagées à ramener les frais pour
incidents à des niveaux modestes et à les faire baisser de 50 %. Ils
sont de plus plafonnés en nombre, afin d'éviter les phénomènes de «
cascade de frais » qui sont relevés actuellement. Cette réforme
s'ajoute aux mesures qui ont été prises ces dernières années pour
limiter le coût des incidents de paiement pour les consommateurs : le
décret du 16 novembre 2007 a plafonné les frais d'incident : à 50 euros
pour un chèque impayé de plus de 50 euros et 30 euros pour un chèque
impayé de moins de 50 euros ; à un montant inférieur au montant de
l'ordre de paiement pour les virements et prélèvements de moins de 20
euros et à 20 euros pour les virements et prélèvements d'un montant
supérieur ; pour assurer une plus grande transparence sur les frais
acquittés par les clients des banques, notamment les frais pour
incident, la loi « Chatel » du 3 janvier 2008 a créé un récapitulatif
annuel des frais acquittés par le consommateur. Ces relevés sont
adressés aux clients depuis 2009. C'est ce dispositif qui permet
aujourd'hui une prise de conscience par les clients du poids des frais
qu'ils acquittent et un ajustement de leurs modalités d'utilisation ou
des services que leur banque leur fournit ; à compter du 1er novembre
2009, la transposition de la directive sur les services de paiement
(ordonnance n° 2009-866 du 15 juillet 2009 relative aux conditions
régissant la fourniture de services de paiement et portant création des
établissements de paiement) a supprimé les frais de mise en opposition
sur carte bancaire. Le Gouvernement a promu l'usage de la carte à
autorisation systématique, notamment pour les publics les plus
fragiles. Comme le note I'UFC elle-même, le nombre de ces cartes s'est
fortement accru depuis dix ans, passant de 1 million à plus de 8
millions aujourd'hui. Pour autant, comme l'indique le rapport sur la
tarification des services bancaires, les paiements par carte sont à
l'origine d'une minorité des incidents de paiement, contrairement à
l'hypothèse formulée par l'UFC. Ce sont les prélèvements automatiques
et les paiements par chèque qui représentent l'essentiel des incidents.
Dès lors, le passage d'un système semi-offline à un système online,
comme le préconise l'association, ne serait pas de nature à résoudre
les problèmes identifiés. En réalité, pour la majorité des Français
bancarisés, qui n'ont pas de difficulté d'incidents de paiement par
carte, une vérification plus fréquente du solde lors des paiements par
carte n'est pas nécessaire. Elle serait génératrice de coûts de gestion
supplémentaires qui seraient répercutés soit sur les consommateurs,
soit sur les commerçants, qui sont d'ailleurs opposés à une telle
mesure, sans pour autant répondre directement à la véritable cause des
incidents de paiement. Le dispositif actuel, qui repose sur une
fixation contractuelle du seuil de vérification souhaité par le
titulaire ou par le commerçant ainsi que sur des vérifications
aléatoires, est plus propice à maintenir un équilibre entre
vérification régulière et maîtrise des coûts.