Affaire du médiator
Tout médicament doit faire l'objet, conformément aux dispositions de
l'article L. 5121-8 du code de la santé publique, avant sa
commercialisation, d'une autorisation de mise sur le marché (AMM)
octroyée selon une procédure européenne ou nationale et dont les
exigences en termes d'efficacité, de qualité et de sécurité, telles que
posées par la directive 2001/83/CE du Parlement européen et du Conseil
du 6 novembre 2001 instituant un code communautaire relatif aux
médicaments à usage humain, sont strictement identiques, quelle que
soit la procédure utilisée. Cette procédure implique notamment
l'obligation, pour le laboratoire pharmaceutique demandeur, de réaliser
des expertises analytiques, pharmacologiques, toxicologiques et
cliniques destinées à vérifier entre autres l'innocuité du produit, ses
effets thérapeutiques, ses éventuelles contre-indications, et les
effets secondaires liés à la prise du médicament dans ses conditions
normales d'utilisation. Dans ce contexte, l'évaluation d'une spécialité
pharmaceutique se base sur l'appréciation d'un rapport bénéfice/risque
établi à un moment donné (moment de l'évaluation) compte tenu des
connaissances scientifiques disponibles tant sur le produit concerné
que sur sa substance active ou encore sur la pathologie pour laquelle
son indication est revendiquée. Aussi, dans la mesure où cette balance
entre les bénéfices et les risques est favorable, l'AMM du produit peut
être délivrée. Sur ce point, il importe de souligner que ce rapport
bénéfice/risque n'est pas figé et est réévalué lorsque de nouvelles
données tant sur les bénéfices que sur de nouveaux risques sont
disponibles. En effet, s'agissant plus particulièrement de l'existence
de risques d'effets indésirables liés à l'utilisation du produit, il
peut être précisé que l'ensemble des risques de survenue d'effets
indésirables, qui sont identifiés au cours des essais cliniques
conduits dans le cadre de la demande d'AMM, sont mentionnés dans le
résumé des caractéristiques du produit (RCP) de la spécialité concernée
et figurent dans la notice d'information destinée au patient. Pour
autant, les essais cliniques conduits et fournis à l'appui du dossier
de demande d'AMM ne permettent pas toujours d'identifier et a fortiori
de mesurer parfaitement les risques d'une spécialité en conditions
réelles d'emploi. C'est pourquoi un processus de suivi des effets
indésirables des médicaments est mis en oeuvre au niveau européen ainsi
qu'au niveau national, dans le cadre du système national de
pharmacovigilance, destiné à surveiller et à prévenir les risques
d'effets indésirables, potentiels ou avérés, des médicaments dans le
cadre de leur commercialisation. La pharmacovigilance comporte ainsi le
signalement des effets indésirables et le recueil des informations les
concernant, l'enregistrement, l'évaluation, l'exploitation de ces
informations aux fins de prévention, la réalisation d'études ou de
travaux concernant leur sécurité d'emploi (enquêtes, nationale, suivi
national et européen etc.), ainsi que la mise en place d'actions telles
que les modifications des informations destinées aux professionnels de
santé et aux patients, la suspension et le retrait de l'AMM. Plus
précisément, au niveau européen, la pharmacovigilance s'inscrit dans un
large processus d'harmonisation. En effet, la directive 2001/83/CE
précitée définit les règles harmonisées concernant l'autorisation, la
supervision et la pharmacovigilance applicables aux médicaments à usage
humain dans l'Union. La pharmacovigilance européenne repose ainsi sur
un réseau de systèmes nationaux, - dont les États membres sont
responsables -, coordonné par le Comité des médicaments à usage humain
(CHMP), le Groupe de travail européen de pharmacovigilance (PhVWP) et
le groupe de coordination pour les procédures de reconnaissance
mutuelle et décentralisées (CMD). Dans ce système, les États membres
ont pour rôle de recueillir, enregistrer et évaluer les données de
pharmacovigilance, de transmettre les effets indésirables à l'Agence
européenne du médicament (EMA) ainsi qu'aux laboratoires, et de les
informer des mesures prises sur le territoire, de promouvoir et
encourager le signalement des effets indésirables par les
professionnels de santé et désormais directement par les patients, de
participer et collaborer aux travaux du CHMP et du PhVWP ; et enfin de
veiller à l'application des décisions de la Commission européenne. Pour
ce faire, une base de données européenne commune de pharmacovigilance a
été mise en place, sous le nom d'EudraVigilance. Cette base a pour but
de permettre la transmission électronique des cas de pharmacovigilance,
de centraliser dans un point de la communauté ces données ainsi que
d'améliorer la communication et faciliter la collaboration entre les
autorités compétentes. Ce système d'échange d'informations permet ainsi
d'alerter et de prendre toute mesure utile, de manière harmonisée, dont
le champ d'application s'étend à l'ensemble des États membres. Pour
autant, au vu de l'expérience acquise et après l'évaluation par la
Commission européenne du système de pharmacovigilance de l'Union
européenne, des mesures destinées à renforcer le système communautaire
de pharmacovigilance ont été posées par la directive 2010/84/UE du
Parlement européen et du Conseil du 15 décembre 2010 modifiant, en ce
qui concerne la pharmacovigilance, la directive 2001/83/CE instituant
un code communautaire relatif aux médicaments à usage humain, qui
entrera en vigueur en juillet 2012. Ainsi, un nouveau comité pour
l'évaluation des risques en matière de pharmacovigilance est créé au
sein de I'EMA afin notamment d'assurer dans l'ensemble de l'Union des
réponses harmonisées aux préoccupations concernant la sécurité des
médicaments. Un renforcement des systèmes de pharmacovigilance dans les
entreprises est aussi mis en place. Ce dernier s'illustre notamment par
l'instauration d'une surveillance supplémentaire pour les médicaments
contenant de nouvelles substances actives et les médicaments
biologiques, par l'instauration d'une surveillance permanente de la
sécurité de ses médicaments, assorti d'une obligation d'informer les
autorités de toute modification de nature à influer sur l'AMM et de
veiller à ce que les informations relatives aux médicaments soient
tenues à jour, ou encore par l'obligation de mettre en place un système
de pharmacovigilance garantissant le suivi et la surveillance d'un ou
plusieurs médicaments, enregistrés dans un dossier permanent du système
de pharmacovigilance qui devra être constamment disponible à des fins
de vérification par les autorités compétentes. Par ailleurs, à la
demande de l'autorité compétente, des études de sécurité et
d'efficacité postautorisation pourront être demandées au titulaire de
l'AMM. La simplification de la notification des effets indésirables,
qui se caractérise, d'une part, par l'utilisation de la base de données
européenne Eudravigilance, désormais unique point de réception des
notifications et, d'autre part, par la possibilité offerte aux patients
de déclarer directement les effets indésirables, est également posée.
Cette possibilité, expérimentée en France en 2007 et plus récemment
lors de la campagne de vaccination contre la grippe H1 N1, vient d'être
entérinée par la publication du décret n° 2011-655 du 10 juin 2011
relatif aux modalités de signalement par les patients ou les
associations agréées de patients d'effets indésirables susceptibles
d'être liés aux médicaments et produits mentionnés à l'article L.
5121-1 du code de la santé publique. Par ailleurs, des mesures
relatives au renforcement de la transparence et de la communication
sont instaurées. La rationalisation du processus décisionnel de l'Union
sur les questions de sécurité des médicaments, et notamment la mise en
place d'une procédure d'arbitrage d'urgence spécifique aux cas de
pharmacovigilance, peut également être soulignée. Enfin, au niveau
national, suite au dossier Mediator, les missions parlementaires, la
seconde mission de l'Inspection générale des affaires sanitaires et
sociales, ainsi que les « assises du médicament » dont les rapports ont
été rendus publics en juin, ont élaboré des propositions de réformes du
système sanitaire des produits de santé. L'enjeu principal de
rénovation du dispositif sanitaire réside essentiellement dans la
réforme des processus d'évaluation, de décisions, de suivi,
d'utilisation et de promotion des produits de santé, afin de garantir
une sécurité optimale aux patients, avec pour objectif principal de
restaurer la confiance. À cet égard, les trois piliers de la réforme
ont été présentés par le ministre chargé de la santé. Le premier pilier
repose sur la lutte contre les conflits d'intérêt et la transparence
des décisions. Cela passe, d'une part, par un renforcement de
l'effectivité du système de déclaration et de gestion des liens
d'intérêts des experts avec notamment la mise en place d'un Sunshine
Act à la française (publication, sous la responsabilité de chaque
industriel, de toutes les conventions et rétributions passées entre les
laboratoires, les médecins, les experts, les sociétés savantes, les
associations de patients et les organes de presse spécialisés, et si
ces obligations de déclaration ne sont pas respectées, mise en oeuvre
de sanctions), et d'autre part, par l'organisation d'une procédure
d'expertise transparente et collégiale. Ensuite, le doute doit
systématiquement bénéficier au patient à chaque étape de la vie du
médicament. Dans le cadre de l'AMM, l'octroi de celle-ci devrait
désormais être conditionné à la présentation de données comparatives
avec les médicaments de référence lorsqu'ils existent. Aussi, en
attendant cette évolution au niveau européen, des règles plus
exigeantes pour la prise en charge des traitements par la collectivité
seront-elles mises en oeuvre. Les prescriptions hors-AMM bien
qu'indispensables dans certains cas et devant rester des situations
exceptionnelles doivent être mieux encadrées et leurs risques associés
maîtrisés. De plus, les outils et méthodes de la pharmacovigilance
doivent également être renforcés afin de d'assurer un suivi proactif du
médicament tout au long de sa vie. Par ailleurs, le champ des processus
d'évaluation et de réévaluation des produits de santé sera élargi,
notamment par le développement accru de la pharmacoépidémiologie, par
la création d'une commission mixte bénéfice/ risque à l'AFSSAPS pour
les sujets majeurs, avec parité des représentants de la
pharmacovigilance et de l'AMM, ainsi que par des sanctions effectives
des industriels en cas de non-réalisation dans les délais prévus des
études postdemandées, ces sanctions pouvant aller jusqu'à la suspension
de l'AMM. Dans le même sens, l'évaluation, la prise en charge, et la
matério-vigilance des dispositifs médicaux seront également
considérablement renforcées. Enfin, le troisième pilier de cette
réforme vise à mieux informer les patients et professionnels de santé,
ainsi qu'à renforcer la formation de ces derniers. Aussi, le projet de
loi relatif à la réforme du système de sécurité sanitaire sera-t-il
présenté au Parlement dès l'automne prochain.